Saint Valentin

Je suis allergique aux poils de chiens, à la viande d’agneau, aux bijoux en métal non précieux, à la cortisone, à mille et un excipients, aux produits anesthésiants, au pollen, aux navets, aux huîtres, aux oursins mal cuits, aux couteaux et à la Saint Valentin.

Ce faste de niaiserie exhibitionniste et guimauve a des propriétés émétiques spectaculairement insupportables. Encore si je n’avais droit qu’à ces horribles tourtereaux égoïstes qui s’embrassent à chaque banc et à chaque coin de rue et qui s’imaginent qu’il y a des anges tous nus qui jouent de la harpe sur un arc-en-ciel, mon caractère râleur à outrance n’aurait pas lieu de se manifester. Hélas ! Trois fois Hélas ! Le Destin en a voulu autrement. *Musique tragique*
La Saint Valentin, c’est :

_ Les petits puceaux du bahut qui glissent dans votre sac des lettres passionnées aussi inspirées que les potiches d’M6 devant leur prompteur. Rien n’est trop décourageant pour ces jeunes hommes en mal d’amour qui n’hésitent point à envoyer « amour » ou « poème » au 8 22 22: « Chère belle Inconnue, Votre père ce voleur a pris les plus belles étoiles du ciel pour en faire vos yeux ». (Accessoirement, j’avoue que je suis plus sensible aux compositions de geeks : « si un bug voulait dire je t’aime, je t’offrirais Windows »…<3)
Subséquemment, il faut chercher LE moyen délicat pour dire que vous n’êtes pas un cœur à prendre, et ce en essayant au maximum d’éviter les gros traumatismes qui feraient de ce jeune homme un éventuel tueur en série misogyne.

_ Les dragueurs béotiens dans les bars qui essaient de jouer sur le potentiel accablement qui pourrait accompagner la saint Valentin. Il est malheureusement impossible de siroter une boisson sans qu’un jeune homme bien intentionné ne s’inquiète de votre solitude. « Comment ? Seule, une aussi jolie fille…Juste avant la Saint Valentin en plus ! ». Si par méprise vous avez pu croire que le plus dur est de faire comprendre aux chastes étudiants que vous n’êtes pas un cœur à prendre, vous vous trompez. Faire comprendre à ces séducteurs du Dimanche que vous n’êtes pas un Corps à prendre est une tâche autrement plus compliquée, digne de figurer parmi les douze tâches d’Hercule. Tellement persuadés que la Saint Valentin est l’occasion rêvée pour forniquer facile, ils semblent sourds aux contestations même les plus ardentes.

_ Les prix qui flambent.
Si l’existence certaine de l’analogie du shopping en février et du jet d’argent par les fenêtres ne me dérange pas, ce n’est malheureusement pas le cas du prix proprement exorbitant qu’atteint le chocolat à la fin de l’Hiver. Ô rage ! Ô désespoir ! En cette période déprimante de l’année, la cruauté atteint des sommets vertigineux avec la privation obligatoire de chocolat.

_ Les copines qui ne parlent QUE de ça.
Vous commenciez à peine à vous habituer aux sempiternels discours de vos écervelées de copines ( les bourrelets, la mode, le beau brun d’en face, régime, la copine du beau brun, la culotte de cheval de Chloé, les bourrelets, la mode…), vous aviez même appris par coeur quand placer pertinemment le « han » et quand il faut rire bêtement. Mais après « la tenue du nouvel an, aide-moi !! » vous voici inévitablement devant les questions adolescentes niaisesAd nauseam : « j’lui achète quoi à mon chéri pour la saint valentin? » (son chéri qu’elle aime à la folie et qu’elle connaît depuis 10 jours). « C’vrai quoi ! Je veux pas avoir l’air trop attaché à lui mais je veux lui dire combien z’laime trop de la life ».
Pire : « Putaing, tu ne vas pas avoir droit au dîner aux chandelles, à la baignoire mousseuse, aux bougies et à l’encens dans l’appart, au cadeau super cher de ton Homme… » .
(Ou comment rêver d’une mitrailleuse)

_ Internet pourri.
Même la toile n’échappe pas à ces noobs assistés qui ignorent que Google est leur ami. « Kikoo lol je veux un truc pour mon amuuur ! N’aidez moi ! »

Mais quel bonheur de lire du Beigbeder en cette période :
Au début, tout est beau, même vous. Vous n’en revenez pas d’être aussi amoureux. Pendant un an, la vie n’est qu’une succession de matins ensoleillés, même l’après-midi quand il neige. Vous écrivez des livres là-dessus. Vous vous mariez, le plus vite possible – pourquoi réfléchir quand on est heureux ? La deuxième année, les choses commencent à changer. Vous êtes devenu tendre. Vous faites l’amour de moins en moins souvent et vous croyez que ce n’est pas grave. Vous défendez le mariage devant vos copains célibataires qui ne vous reconnaissent plus. Vous-même, êtes-vous sûr de bien vous reconnaître, quand vous récitez la leçon apprise par coeur, en vous retenant de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue ? La troisième année, vous ne vous retenez plus de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue. Vous sortez de plus en plus souvent : ça vous donne une excuse pour ne plus parler. Vient bientôt le moment où vous ne pouvez plus supporter votre épouse une seconde de plus, puisque vous êtes tombé amoureux, d’une autre. La troisième année, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle : dégoûtée, votre femme vous quitte. La mauvaise nouvelle : vous commencez un nouveau livre.


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