Lilipérégrinations urbaines…. (Si seulement)

 

Il est des exploits que seul le Maroc peut créer. Aller courageusement à Marrakech en plein jour, en passant outre la promesse d’insolation sournoise que véhicule une température qui ne daigne pas descendre en dessous de 45°, par exemple. Ne PAS s’ennuyer à Rabat. Ou pire, se déplacer à Casablanca.

 

 

 

Notre gougnafière professionnelle, Lili P. de son nom, en atteste. Tout d’abord, il faut savoir que Lili P., sans être lyonnaise, est une connasse, et qu’en ce sens, il ne serait pas intelligent de lui demander de faire preuve de compassion sociale ou de sens d’adaptation. Non, elle préfère râler, comme les fonctionnaires français, même quand elle est censée être rodée et avoir logiquement acquis de l’expérience. Lili P. est au Maroc. À Casablanca. En dépit des belles années passées sous le soleil brûlant de la folle métropole, bercée par la cacophonie constante qui constitue l’environnement sonore casablancais et gênée par la pollution, elle ne peut s’empêcher de tomber dans le piège tentant du persiflage hautain. Déjà, la pollution l’agace. Au plus haut point, même si sa carte Greenpeace ne sert qu’à lui acheter une conscience. Pas seulement la pollution sonore qui laisse planer le spectre d’un virus imputant l’incapacité du marocain à ôter sa main du klaxon, non. Il y a également la pollution de l’air due non point à une activité industrielle intense, mais à une myriade de pots d’échappement dont l’état pousserait au suicide le plus passif des écologistes. La pollution des rues. Euh, non. Après avoir été à Marseille, Lili P. fait preuve d’un rare rationalisme et se dit que Casablanca n’est pas si sale. En outre et dans un élan remarquable de sincérité, Lili avoue que la pollution à Casablanca n’est plus d’actualité. Il se trouve que la sita, la société française chargée de nettoyer la ville, fait très bien son travail. Mais il y a des casablancais qui en rougissent, qui s’avèrent plus liliputassiers que Lili elle-même et qui disent avoir honte de voir « des français nettoyer la ville ou d’avoir besoin d’autrui pour enlever ses saletés ». Doublement infondé, chers maniérés. D’une part, la plupart des marocains adulent la douceur du papier hygiénique Lotus, qui n’est pas marocain. Alors hein, trêve de préciosité. Et en plus, avec l’immigration massive et ses dérives, les marocains ont bien refoulé à la pauvre France la pire des engeances. Qu’ils cessent donc avec cette préciosité pénible. Donc Lili P. a envie de parler de Casablanca, pas de la France. En fait, elle cherche une transition pour éviter le lancer de tomate qui accompagne tout aveu écrit d’apostasie nationaliste, aussi second degré soit-il.

Revenons-en à nos ordures. Pas les politiciens, les autres. Donc Lili P. a bien signifié ce qu’elle pensait de la population sociale. Mais c’est un problème moindre comparé au déplacement. En voiture, c’est une catastrophe. Si le retard est une caractéristique casablancaise, c’est que le trafic est affreux. Lili P. croirait presque en la destinée tant la fatalité de l’embouteillage écœurant au possible est inévitable.

Le bus est moins tragique que le métro parisien, mais reste dramatique. Surtout lorsque l’on est liliputien et que l’on est de ce fait au-dessous des aisselles. Lili P. est d’ailleurs la génitrice d’une théorie rocambolesque qui stipule que l’inspiration des pires pamphlets misanthropes est immanquablement catalysée par les trente malheureuses minutes où l’on se trouve collé contre des bipèdes qui ignorent tout du déodorant. Et du savon. Cela vaut aussi pour les français, tiens.

D’ailleurs, Lili P. appelle égoïstement les mécènes à se montrer généreux non envers quelque hémophile inconnu, mais vers les compagnies de bus. Les dons vers les malades ne servent qu’eux et leur anonyme malheur, tandis que l’amélioration des bus aide le peuple, persiste et signe l’odieuse naine. Et ses narines.

 

À ceux qui lui proposent d’arrêter de râler et de circuler à pied, Lili P. dit qu’ils n’ont jamais été à Casablanca. Casablanca est la seule ville au monde où les trottoirs ne sont pas créés pour les humains, qui préfèrent massivement longer le boulevard en côtoyant les voitures, mais pour les chaises. Des Cafés. Les terrasses des cafés sont au cœur de la vie urbaine. Une vue imprenable sur le plus naturel des paysages : l’authentique vie du péquin moyen. La quintessence de l’observation sociologique, en somme. Lili P. doit donc choisir de marcher à côté des voitures, et de se frotter AINSI aux rétroviseurs ou de déambuler entre les chaises avec des regards de pervers finis qui s’attardent sur ses lilifesses.

En fait, Lili trouve juste des prétextes fallacieux pour justifier l’agoraphobie dont elle n’est victime qu’au Maroc, pays qui serait parfait sans les fonctionnaires et les voitures. Un moyen comme un autre d’excuser son nolifisme passé.

 

Merci à RadicalDreamer pour le dessin.


Commentaires

  1. Zero dit :

    Je suis lyonnaise, je suis une connasse et je te prierai, avec toute la politesse que je suis capable d’exprimer, d’aller gracieusement te faire patafioler.

  2. B. dit :

    C’est surement ma curiosité malsaine qui reprend le dessus, mais j’ai du mal à mettre la main sur la définition de « patafioler ». Dit, dit Zero, tu m’expliques ?

  3. Zero dit :

    Hum, comment dire…
    La nature intrinsèquement métaphysique de ce terme fort peu usité tend à jouer la carte de la discrétion inquiète, voire de la fragilité vacillante lorsque l’on l’appelle à la barre…

    Autrement dit, « Patafiole » ça vient avant tout d’une expression relativement vieille, sauf que moi je n’en garde que le sens ancestral. Oui oui. C’est-à-dire le sens que lui a attribué ma grand-mère, qui soit dit en passant n’a pas inventé le fil à couper le beurre.

    Bref, « va te faire patafioler » c’est assez clair en soi, sauf que l’expression (de ma grand-mère, bis repetita) entière c’est « Va te faire patafioler par les dix doigts », ce qui vous le remarquerez, est extrêmement gracieux. Je préfère ne pas l’utiliser.

    J’aurais peur de froisser les manchots, en plus.

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