Quand la droite décomplexée est également imbécile

11h. Faculté de Lettres de Nice Sophia Antipolis.

Un sac Longchamp à la main, et un téléphone tactile dans l’autre, Lili P. évite tant bien que mal de piétiner un amas considérable de tracts révolutionnaires. Elle râle en son for intérieur, et se dit qu’elle vient de découvrir à elle seule pourquoi la gauche n’arrive pas à se rassembler. Si l’extrême gauche nargue à ce point les Verts, ce n’est pas demain la veille que la France aura une opposition digne de ce nom. Forte de cette fine analyse politique, ealle s’apprête à claquer du talon sur les premières marches de l’hideux bâtiment où l’on lui dispose des cours quand, soudain, une main, ignorant les nids à bactéries ambulants communément appelés dreadeux devant elle, lui donne un tract révolutionnaire. Lili se demande pourquoi on lui propose un tract à elle et pas aux autres, qui semblaient plus portés sur la révolution qu’elle. De plus, si elle en voulait un, elle n’aurait quand même pas hésité à en ramasser un. Elle saisit tout de même le flyer que lui tendait la main manucurée d’un jeune homme qui avait autant de chances d’étudier à la faculté de Lettres que Lili d’être chanteuse de tantras dans un temple bouddhiste. Le pull par-dessus chemise et la coiffure façon mise en plis sont des signes qui ne trompent pas, lorsque l’on se place dans le microcosme caricatural des étudiants niçois. Un apprenti juriste. Ce qu’un juriste fait dans la fac des Hippies crasseux est curieux. La raison pour laquelle il distribue des tracts démagogiques dignes des communistes de base aux T-shirts Che Guevara est sur le point de chiffonner la naine un rien snob. À y regarder de plus près, le tract est distribué par de jeunes militants UMP Facs. Lili rit sous cape de ce révolutionnaire en Ralph Lauren, mais continue son chemin.

Mais en sortant de cours, Lili est estomaquée. À croire que la construction universitaire semblait en mal de laideur, l’on avait placardé sur les murs des affiches criardes représentant Valérie Pécresse. « Ils ont chosii de toujours dire non, nous avons fait la réforme de l’enseignement . Nous sommes révolutionnaires. »

Le message est clair, une réforme imbécile vaut mieux que deux intelligentes tu auras. Cette affiche, à défaut d’être jolie ou encore justifiée, a le mérite d’illustrer la ligne de conduite gouvernementale. De la réforme à la pelle, et tant pis pour l’efficacité. La réforme des Universités, en effet,  s’inscrit en droite de ligne du concept d’imitation pro-américaine en dépit de décalages culturels équivoques. Rappelez-vous de cette révolution qui, à défaut de verser du sang, fait verser de l’encre ; et collecter des tomates. Une réforme non seulement impopulaire, mais fondamentalement mauvaise qu’il est stupide de plébisciter et impudique de placarder dans un établissement mis à mort par ladite réforme. Passons sur l’indélicatesse, et concentrons-nous sur la puanteur de l’idée en elle-même. La seule idée de Pécresse fut de copier sans vergogne un système éducatif écœurant où les ambitions estudiantines sont écrasées par le conformisme des colosses commerciaux. Fausse bonne idée.

En somme, il s’agit de permettre aux Universités de se gérer elles-mêmes, de fixer elles-mêmes leur droits d’entrées, de trouver des fonds auprès de partenaires commerciaux. Ce qui entraînera à coup sûr des droits d’entrée astronomique pour les facultés aux aspirations élitistes. Ghettoisation de la carte universitaire.

À croire que la France n’a pas appris de ses erreurs passées.


Commentaires

  1. Nomogo dit :

    Ok, j’ai compris !

    Censé/sensé Désolé pour repost. :)

  2. feufol dit :

    Je découvre lesrevolutionnaires.fr grâce (à cause) de toi et j’ai de subites envies de meurtre. Est-ce normal docteur ?
    En fait de révolution c’est plutôt la Terreur.

  3. Tchit dit :

    Hihi « une réforme imbécile vaut mieux que deux intelligentes tu auras », bien dit !!
    Quant au site sarkozyste, a gerber en effet…

    Apres je sais pas vraiment quoi penser de la reforme universitaire. Faut dire qu’actuellement en France, l’universite , telle qu’elle est, est catastrophique et qu’il y a certes de grands changements a faire.
    Et je ne sais pas si le systeme americain est si mauvais que ca ! D’immenses campus aux moyens faramineux qui se revelent etre des poles d’excellence et de recherche a l’echelle mondiale (et qui distribuent des bourses a 50% de leurs etudiants), ce sera toujours mieux que la poignee des grandes ecoles francaises inaccessibles qui decredibilise le parcours universitaire.

  4. Mr.Tom dit :

    Quand on renonce à changer les hommes, on change les mots. Galvaude que j’galvaude, encore et toujours. Leur « décomplexé » n’est rien d’autre que « sans scrupules ».

    http://bleys.space-blogs.com/blog-note/120431/de-la-droite-decomplexee-a-la-droite-sans-scrupules-.html

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