Un métier en perdition : journalisme

 

J’ai jadis rêvé d’un journalisme droit. D’une information épurée dans un écrin intouchable d’honnêteté intellectuelle. D’une analyse intelligente au parti pris assumé et pertinent. De journalistes intègres et désintéressés. D’une liberté d’expression effective au service d’une réflexion omniprésente.

Depuis, je me suis réveillée. C’est ennuyeux. Vraiment ennuyeux, d’être tirée ainsi de ces douces rêveries. Loin d’être le point de vue capricieux d’une jeune fantasque, c’est le cri horrifiée d’une idéaliste blessée du flanc jusqu’au cœur. Les idéalistes, sous leur apparente naïveté, sont les plus exigeants. Et j’ai dû, malgré moi, quitter le rêve juvénile pour la réalité des adultes. Pour une réalité qui n’a rien d’adulte, en fait – hormis l’amertume ; pour une réalité qui, en revanche,  a tout du cauchemar  -sauf le caractère salvateur de la brièveté.

 

 

Je me suis réveillée dans un monde professionnel où les nombres sont partout. Pour les belles lettres, l’on repassera. Nombre de signes et exemplaires vendus règnent non plus en maîtres, mais en dictateurs.

Et la loi du chiffre est la mère de tous les vices (intellectuels). La limite des caractères est une règle d’or qui ne vaut pas son pesant de cacahuètes. Elle a fatalement conduit à préférer la quantité à la qualité. En effet, vient vite le terme fatidique pour un rédacteur où la créativité et la passion s’arrêtent. Alors les lignes sont interminables, pour celui qui les lit comme celui qui les écrit. Fades et insipides. Mais comme tout misérable caractère représente un bout de salaire, le journaliste écrit ad nauseam. Appât du gain et gagne-pain obligent. Le petit journaliste crapuleux traquera ses statistiques sur Word, se confondra dans ses calculs, s’arrêtera plusieurs fois pour penser au salaire qui perce au bout des lettres qu’il pianote les yeux et la tête vides ; puis il rêvera grassement d’un patch Word qui convertirait automatiquement les caractères écrits en euros. 

Pour les exemplaires vendus, ils instaurent un esprit corrompu au sein de la rédaction. Il faut user de tous les charmes et de tous les artifices pour vendre. Vendre. Vendre. Une ritournelle basique qui fait plus tourner l’estomac que la tête. Car l’argent, fin ultime, justifie les moyens. Et l’on se trouve à user de démagogie pour formuler les titres les plus accrocheurs. Pis, l’on renonce parfois à la qualité de son journal pour contourner la ligne éditoriale de manière à s’attaquer à un sujet  plus croustillant. Plus propice à faire jaser. À ce stade, ce n’est pas plus de la performance que du professionnalisme, mais bel et bien du commérage. À bon entendeur. 

Le métier est de plus en plus corrompu. Le journalisme, idéalement voix du peuple est entre de riches et puissantes mains qui sont au peuple ce que le supplice de la baignoire est au bain moussant. Quand bien même les rédacteurs auraient cette dignité professionnelle, en effet, les grosses ficelles sont tenues par des patrons qui manient, détruisent et dessinent au gré de leurs envies et des envies de leurs amis. Ou comment bâillonner les sombres impertinents qui cassent les pieds à force de taper sur les doigts.

Le journalisme n’est plus synonyme d’investigation et de réflexion, mais sans pessimisme aucun, il est devenu l’étendard de la  connivence. Id-est, l’on assiste à des mises sous ombre et de mises en valeurs de faits choisies par les patrons en questions.  À titre d’exemple, et pour éviter le sempiternel reproche concernant la navrante platitude de TF1 et les polémiques internes des Echos d’Arnault, osons un journal du groupe Lagardère. Le journal du dimanche, en effet, se montre bien silencieux quand il s’agit de couvrir la réforme de l’audiovisuel en se contentant d’interviewer mollement la ministre Christine Albanel. Allégeance, mon amour.

Navrant de voir qu’au sein d’un pays démocratique, les libres médias s’autocensurent eux-mêmes. 

Puisque je n’aurais visiblement pas de stage de rédactrice en Mai en assumant ainsi mon billet et puisque, de toute façon, je me demande si j’accepterais encore d’être stagiaire (donc de n’être reconnue pour mon « supposé talent » qu’après un mois où l’on ne m’aura considéra QUE pour ma plastique ), je crée officiellement une nouvelle catégorie. « Revue de peste » regroupera donc les pires horreurs de la presse francophone qui me passent sous les dents mais également, dans un souci d’égalité, les meilleures perles. 

 


Commentaires

  1. Tchit dit :

    Ouf enfin tu te reveilles :)
    Je t’ai deja dit que je trouvais difficilement profession plus meprisable et plus hypocrite !

    Ce qui m’inquiete surtout, c’est de voir tous ces journalistes qui croient en leur metier et en « l’information » qu’ils prodiguent, presque avec idealisme et fierte, alors qu’ils font partie d’un meme jeu mediatique gerbant, surfant sur les emotions et les modes.

  2. Kobal dit :

    T’as qu’à faire du journalisme Gonzo :p

  3. Mr.Tom dit :

    Hum. Côte d’Azur. Journalisme. Je suis passé par là. Tu es passée par (sous ?) l’école Nouvelles Moom ?

  4. Mr.Tom dit :

    « les libres médias s’autocensurent eux-mêmes ». ;)

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