Google, ennemi des rédacteurs

 

N’en déplaise aux utopistes et aux moralistes de tout poil, l’être humain est incontestablement intéressé par quelque chose lorsqu’il entreprend une action. Appât du gain et gagne-pain obligent. Si l’humanité est avancée, c’est parce que l’individu puise au fond du  besoin instinctif de se distinguer des autres pour évoluer. Notre civilisation repose indubitablement sur des stimulants émotionnels et sur l’individualité profondément ancrée en chacun de nous. Elle serait davantage primaire si les hommes ne ressentaient ni colère ni envie. Mais elle le serait également s’ils en ressentaient trop. Prenons la Blogopshère à titre d’exemple. L’on pourrait croire que les plumes et les idées qui émergent dans la concurrence sont les plus précieuses. Peut-être, mais ce n’est pas suffisant pour rattraper toute la destruction opérée. Le talent souffre des dents longues des protagonistes, si aiguisées qu’elles en deviennent assassines. Meurtrières. L’héritage littéraire est le premier tranché. Un coupable ? Le référencement.

D’une part, les titres ne sont plus recherchés. Il s’agit de mettre un titre non plus attirant ou soigné, mais complet au possible. Tous les mots-clefs sont bons pour l’audience, et tant pis si l’intitulé à rallonge nuit à la qualité. Heureusement, des développeurs avisés ont mis au point un Plug-in ; tel que ces messieurs les blogueurs ont la possibilité de se gargariser grassement de la satisfaction d’être les chouchous des moteurs de recherches, sans pour autant imposer à nos lecteurs de flux et à nos mirettes deux lignes indigestes d’inepties à peine cohérentes.

D’autre part, les moteurs de recherche remettent en question tout l’héritage culturel et littéraire. La répétition n’est plus honnie, elle est adulée, recherchée. Au diable l’écriture journalistique. Un rédacteur devrait éviter les rengaines, mais un moteur de recherche les plébiscite. 

 

  • Application :

 

Soient Catherine et Bernard deux mots fort recherchés par l’internaute moyen qui ne connaît pas l’impact de ses clics. En lieu et place d’un : « Aujourd’hui, Bernard est allé au Parc, où il rencontre Catherine. Le jeune homme s’amourache de cette dernière, et entre les deux tourtereaux naît une histoire fantastique. »

Nous avons :

« Aujourd’hui, Bernard est allé au Parc. Bernard y rencontre Catherine. Bernard s’amourache de Catherine. Bernard et Catherine tombent amoureux fou. »

J’exagère à peine. Vous le savez.

Au final, l’ambition démesurée, utile dans un premier temps, œuvrerait à la consomption de la Blogosphère. À force de privilégier le contenant au contenu, le référencement à la référence, la communauté des Blogs se nuit. Parce qu’il y assez de gueguerres dans le monde du travail pour en remettre une couche dans la blogosphère. Peu importe de savoir qui a la plus grosse.  Il s’agit de savoir combien en ont de belles, et ce qu’ils peuvent faire avec. Je parle de plumes, évidemment.

 


Commentaires

  1. RaZ dit :

    Bah tiens, c’est que ça décrirait bien mon dernier post sur le porno…

    D’ordinaire, j’essaie de faire un compromis entre le prosaïque pour le référencement et l’intelligent pour me la péter. Mais des fois j’arrive tout simplement pas à faire des titres googlables et je retombe dans les tournures absconses. Mes pauvres stats…

  2. Lousia dit :

    C’est mignon, mais c’est aussi totalement à côté de la plaque.
    Tout simplement parce que si les moteurs de recherche ne se basaient que sur les titres des articles pour faire remonter des résultats, on se retrouverait avec pleeein de blogs du genre de ceux que tu décris.
    Or le référencement ne se base pas que sur es mots-clés, c’est une alchimie bien plus complexe : Page rank, nombre de recherches / visites, liens entrants / sortants, et bien plus de dosages dont je ne soupçonne même pas l’existence tiens.
    La plupart des blogueurs qui utilisent ce stratagème ne remontent que sur des mots-clés bateau (noms de marques, de personnalités, d’évènements…), soit sur des occurrences sur lesquelles se placent des milliers (millions ?) d’autres sites, blogs, forums, etc. Donc, généralement, flop total…

    Alors c’est vrai que certaines grosses ficelles permettent à de gros cochons bien doués sur le web de remonter leurs crasses, mais ce n’est pas de l’intérêt des moteurs non plus de les mettre toujours en avant… Dnc, nous sommes sauvés. Alléluïa.

  3. Moom dit :

    Lou > Comme je l’ai dit, les titres ne sont plus un problème. C’est surtout la répétition qui m’inquiète, plus que les titres.
    C’est une situation hypothétique hein, je ne dis pas que c’est ce qui se passe. Sauf que quand je vois la PDG d’Aegis demander aux éditeurs de remettre en question l’écriture journalistique, dire que 9 grands sites du dix sont mal référencés et suggérer qu’il convient de s’adapter aux règles de Google pour être mieux référencé et bien, je suis perplexe.
    Le culte du référencement va décidément trop loin. Je ne dis pas que le mot-clef est le seul moyen d’être bien référencé. Je ne suis pas SI à côté de la plaque (ça, c’est fait). Le fait est que si l’ambition trop tenace suggère que tous les moyens sont bons (comme le moyen de merde proposé par Chalon), et bien, on SERA vraiment dedans.

    [Akismet te prend pour un spam :’)]

    Raz > Oh, y a pire \o/

  4. Lousia dit :

    On y est déjà en fait…
    Parce que les gens ne savent plus lire, et que sur Internet la concentration est très loin d’être optimale.

    Pour le reste, on est d’accord, c’est ridicule. Surtout de se baser sur le seul référencement Google d’ailleurs…

  5. Sarah dit :

    Hello Moom! Je ne peux que me ranger du coté de Lousia.
    Si des éditeurs demandent d’augmenter la densité d’un mot-clé ou son insertion obligatoire dans le titre, et ceci dans le but de mieux positionner ledit article, c’est qu’ils ne comprennent pas grand chose au référencement.
    Comme dit Lousia il existe de nombreux critères dont le plus fort est le nombre de liens de qualité pointant vers ton contenu. Et pour se faire, il faut que ton contenu soit interessant et pertinent pour être repris! :)

  6. Moom dit :

    sarah > Encore heureux. :-D
    Que dire à part que c’est une optique hypothétique, une dérive regrettable à laquelle POURRAIT conduire l’idéologie de « tous les moyens sont bons ».

    Du reste, je ne pense pas que le trafic fait la pertinence du Blog. Mais soit.

  7. Tchit dit :

    Je vais plutot suivre Lou… Google ne s’appuie heureusement pas que sur les mots cles. Ce qui fait la difference, ce sont le pagerank et tous les autres facteurs de popularite et de qualite qui font que bien souvent les meilleurs sites sont tout en haut des resultats :)

  8. DjumB dit :

    Tout à fait d’accord avec l’auteur de cet article. Et je ne m’exclue pas du « google syndrome »…
    Le référencement tue partiellement l’écriture.
    Car bien que les mots-clé ne soient pas le seul critère pris en compte par Google, ils n’en demeurent pas moins importants.
    Certes il y a le pagerank, le nombre de visiteurs etc, mais dans l’optique d’avoir un minimum de lecteurs au commencement d’un blog, il vaut mieux dans un premier temps éviter (à mon grand regret) les figures de styles trop imposantes, au moins dans les titres.
    Une fois que le lectorat est fidélidé, et apprécie tout de même un minimum le contenu rédactionnel des articles proprement dit, il est ensuite plus simple de laisser parler sa plume…

  9. LA PRAVDA dit :

    Je rejoins DjumB, la course au refnat tue la liberte et l’originalite du redactionnel dans le choix des titres, ca parait une evidence..comme celle de l’importance de titres pour Google.
    Tres bon post au passage, je viens de decouvrir ce blog et ca me plait beaucoup!

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