Censure et naufrage intellectuel

Entrée de Je :

ego

Je n’aime pas dire je sur mon Blog. Parler de soi est un primaire je de dames. Egotiste, j’ai longtemps préféré le je de rôle en usant de Lili P., un petit sosie virtuel, qui me permettait de me prendre comme objet d’étude tout en m’évitant d’assumer l’égocentrisme crasseux propre à tout Blog.  Egoïstement, je cachais mon je.  Ego à moi-même, j’usais  du jeu de miroir et du double je ; mais vint le moment où il fut nécessaire d’achever le je de dupes et d’inaugurer le je d’esprit.  Les  je sont faits désormais. Je me mets en je, je me pique au je, je me prête au je. Quitte à être vieux je, j’affirme la subjectivité de Moom-light.  Histoire de rester maîtresse du Je.

Je. Je refuse farouchement l’esprit des écoles de journalisme, qui, de par leur structure et leur dictatorial mode de sélection, préfèrent le journalisme guindé et académique à l’investigation impertinente et spécialisée. Un journaliste devrait apprendre sur le tas, à mon humble avis, travaillant sa plume et son esprit analytique indépendamment de tout diplôme. Un bout de papier qui n’est pas écrit par un rédacteur n’atteste en rien de l’excellence de ce dernier.


J’ai commencé le journalisme en qualité de stagiaire. J’ai usé ma plume sur des sujets de moins en moins rectangulaires, foulé de mes petits pieds chaussés de talons hauts des rédactions plus ou moins prestigieuses, écrit avec mes longs doigts des pamphlets ardents et confronté mon idéalisme enfantin à la sagesse aigrie des vieux de la veille. Je me suis gargarisée d’être un bébé-journaliste au Maroc, dans ce pays où les médias changent les choses, osent parler. Où ils ne sont ni soumis à un joug totalitaire ni vendus à la connivence. Je me sentais utile, enivrée par l’odeur de liberté documentée, emportée par la vague impressionnante de l’intellectualisme salvateur ; rassurée par la confiance que je portais à mes concitoyens et à une vox populi que je pensais consciente !

Puis, une chronologie affreuse. Un enchaînement navrant. À donner vertiges et nausées.

Une monarchie reprend du poil de la bête, avec la surprise terrifiante d’un volcan qui se réveille. Le Palais se découvre un orgueil démesuré et une susceptibilité sans limites. Des exécutions arbitraires ont lieu. Les victimes ? Des titres de presse. La liberté d’expression. Le gagnant ? Ce climat de peur, pesant à mourir, qui fait son come-back après dix ans de pouvoir translucide. Ce qui n’était pas si mal, tout compte fait. L’opacité est de retour, avec l’entêtement et l’obscurantisme qui vont avec.


Commentaires

  1. labilbe dit :

    On dirait que les monarchies se sont données le mot.
    Oups on est en République en France ! C’est à s’y méprendre.

  2. Potemkin dit :

    Écoute… Sincèrement, tu sais que j’adore la manière que tu as d’écrire. Et que j’atendais un nouveau billet avec impatience. Et bien sache que je suis fier de toi. Vraiment. ça va faire paternaliste et mal venu de ma part, mais cette manière que tu as de finalement t’assumer, d’une part, et de reprendre position dans un contexte qui te tient particulièrement à coeur, je trouve cela très important. Je suis, d’une certaine manière, parfaitement satisfait.
    Il manque peut-être un tout petit peu de matière, mais c’est un retour. J’attends de te relire avec une grande impatience. Parce que pour moi, il s’agit d’un billet de retour, de remise en cause, dans lequel tu poses de nouvelles bases. Le sortir de l’adolescence journalistique en quelque sorte (et pourtant, tu sais comme cette période a pu me parler).
    Bref, je t’attends au tournant, toujours aussi peste, aussi incisive, plus talentueuse encore, plus impliquée, plus chro-niqueuse que jamais.
    Voilà !

  3. Tchit dit :

    Si autant de « je » dans un article donnent un résultat aussi succulent, c’est que ton « toi » a très bon goût ! Sans mauvais jeu de mot (ok si, un peu).

    Je plussoie mot pour mot P0temkin.

  4. Cailllou dit :

    j’aime beaucoup ce billet =)
    je suis également assez d’accord avec Potemkin
    je me plait à voir cela comme un nouveau départ
    (ca fait beaucoup de « je » tout ca >_<)

    Pour en revenir au billet, c’est vraiment moche de voir qu’un pays où la presse n’était pas (trop?) manipulée comme le Maroc perde sa liberté d’expression d’un coup…

    Pour la monarchie Sarkozienne, on est habitué à perdre de l’information depuis le début du mandat (tant au niveau de la télévision, des radios ou des journaux), mais j’avoue qu’une sélection des journalistes avant même leur entrée en école de journalisme, ca permet d’être sur qu’ils écriront ce qu’on veut …
    Mais on n’y peut rien, il a été élu, il a bien réussi son coup, maintenant, y’a plus qu’a attendre 2012 qu’il s’en aille (si il veut bien) mais de toute facon, quand on voit l’état de la politique en France, ca ne pourra être mieux, peut-être juste un peu moins pire… (j’espere me tromper en disant cela)
    Bref, les rats doivent de plus en plus songer à quitter le navire, moi le premier !

    à bon entendeur…

  5. feufol dit :

    L’exercice de style est réussi.
    Content de te relire chez toi :)

  6. Sébi dit :

    Et du coup tu bosses autrement ?

  7. Anis dit :

    J’ai cru voir la fille de Devos pendant un instant avec tout ses jeux en ayant pour but de les éviter…

  8. Anis dit :

    et au fait « on » adore la première phrase « Je n’aime pas dire je sur mon Blog. » « on » a envie de dire que ca ressemble à une opposition de pleonasme… on c’est pas mal comme jeu aussi ;-)

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