Choc des incultures

« Identité nationale ». L’expression apporte son lot d’incohérences :  identité et nation, norme et pluralité. Si l‘oxymore est sournois, il est bel et bien présent. Une nation est non pas individuelle, mais constitué d’individus. Individus différents, non par leurs seules origines, mais par leur manière d’appréhender la vie, le monde et la connaissance. A plus forte raison, c’est autour de l’identité individuelle que s’articule la différence plurielle.

« Qu’est-ce que l’identité nationale ? » est donc une question mal posée, mal pensée, morte étouffée par le sens profond de ses mots, morte déchiquetée par l’incohérence outrancière en son sein. Une question que l’on sert au bon peuple sans en étudier ni la tournure ni le sens ; Un foutage de gueule rhétorique et sémantique. Pourtant, cette interrogation trouve un écho, insoupçonné. De timides voix cachées qui se demandaient, pour des raisons plus ou moins bonnes, ce qu’était l’identité nationale. Effrayées par la mondialisation, tétanisées à l’idée de l’invasion,  elles s’expriment de plus en plus. Des beaufs qui discutent avec alarmisme simpliste des chinois qui vont manger le reste du monde à l’élu UMP qui a peur de se faire bouffer,  en passant par la petite vieille qui est persuadée que les mains qui chiperont son sac à main seront nécessairement basanées : tous nourrissent la même peur de l’envahissement. Une anxiété née  de l’incompréhension, qui, sans surprise, forme le lit de cette interrogation cherchant massivement des réponses. Des réponses nécessaires. Ce n’est donc pas le questionnement qui pose problème, mais l’instrumentalisation suintant la démagogie méprisante. Aussi, merci, l’UMP. Merci aux cloches d’avoir sonné le glas de l’hypocrisie. Mais… Comment cette question, mauvaise depuis les bas-fonds de sa médiocre sémantique jusqu’au sommet de ses ambitions politiques, peut apporter de bonnes réponses ? Comment des mots mal pensés sauraient-ils panser des maux ? Face à l’ignorance passéiste de la richesse de la différence sur laquelle se greffe le discours électoraliste de l’UMP, il s’agit de préparer les gens en vue d’éviter le choc des incultures. Leur rappeler que la peur de la bousculade ne devrait pas être considérée comme un obstacle au mélange, ni l’immobilisme, comme une alternative à une évolution trop rapide. Raisonner avec eux, à coups d’arguments et non à coups de coups. Les rassurer, leur ouvrir les yeux, avancer qu’il ne s’agit pas de céder leur petite parcelle de terre, mais de l’ouvrir au troc. Leur expliquer que ce que l’ensemble de fondamentaux qu’ils craignent de perdre n’existe pas du tout. La preuve : Qu’est-ce qu’être français ? Aimer la France ou y vivre ? La patrie, c’est là où l’on se sent bien bien. Ubi bene, ibi patria. Ce ne peut pas être que le plaisir gourmet d’autochtone au sang « pur ». Être localement cultivé et maîtriser la langue ? Ou alors aimer d’amour Johnny ? La culture, pas plus que l’inculture, n’est pas l’apanage d’un pays. Allons donc. La franchouillardise est subjective, indéfiniment variable ; aussi, les français ne sont pas nationalement identiques. Tant mieux.

Pour réagir sur le nouveau thème, c’est par ici.


Commentaires

  1. Corentin dit :

    Moom_light is back ! \o/

    Très bonne analyse, comme d’habitude !

  2. Thom dit :

    Moi qui allait faire « à quoi ça sert d’avoir un blog tout neuf si on peut rien faire dedans ? » Merci ! Je suis consolé :)

  3. Lousia dit :

    Je me suis totalement perdue en route, tiens.
    Ou alors je suis morte noyée dans ton article sans m’en rendre compte.

  4. Maxime dit :

    D’autant que les Français préférés des Français (déjà la redondance est inquiétante) sont des fils d’immigrés vivant à l’étranger :)

    Je pensais pas qu’on ferait un jour un débat sur une identité nationale pour un pays qui est historiquement et légalement une des plus importantes terres d’accueil.

  5. DrMorisset dit :

    C’est quoi un oxymore?

  6. DT dit :

    Femme intelligente.

  7. Dji dit :

    Un en tout et tout dans un.
    Envisager la nation comme une addition d’individualité n’est pas une opinion c’est un état de fait, cependant limiter la notion de nation à une simple addition est là une opinion qui selon moi limite quelque peu sa compréhension. En effet qu’est-ce qui distingue une nation d’une autre ? Toutes ne sont elles pas composées d’individus différents ?

    Peut être que dans ce cas c’est « richesse de la différence » qui définit notre nation, or cette richesse de la différence n’est rien de plus que de la poudre aux yeux permettant d’etouffer par un pratique mot valise, la cruelle réalité : la différence est toujours ressentie comme une agression quand elle vient de l’extérieur elle n’est acceptée qu’à partir du moment ou l’idée même que l’autre est différent disparait.

    Ainsi, la question serait mal posée, l’on ne devrait pas parler d’identité nationale mais d’identités nationale avec un pluriel sous entendant que la nation n’est qu’un organe inclusif, qui ne saurait exclure.

    Or, que nous enseigne l’histoire ? Que la nation exclut : elle exclut les particularismes locaux, elle exclut les langues régionales, elle exclut ceux qui troublent l’ordre public, elle se distingue des autres pays en ce qu’elle se revendique autre.

    L’idée d’une nation cosmopolite que tu développe est une belle idée, la présenter comme une alternative nouvelle à la nation telle qu’elle existe aujourd’hui est trompeur car finalement ca doit faire 20 ans que ce terme est à la mode.

    A la mode car finalement il pourrait à première vue correspondre aux réalités du système économique qu’est la mondialisation : après tout ne sommes nous pas une planète entière soumise aux mêmes loi économiques ?
    Ainsi, à travers ce cosmopolitisme d’apparence, d’union malgrè les différences il n’apparaitrait qu’un seul ingrédient pour lier la sauce : la consommation. Or celle ci pour permettre de soutenir le système dont elle est issue doit imposer la standardisation.

    Le défi serait donc Moom, si l’on choisit de définir la nation comme une entité d’individu différents (et même pluriellement différent) de trouver l’ingrédient liant. Sans ca, ne restera que l’attrait animal pour la consommation pour tous nous animer du même esprit, nous serons tous différent, tous ensemble, tous pareil.

  8. gachoue dit :

    Comme je l’ai déjà dit, arrêtez de parler d’identité nationale, puisque l’identité est une chose individuelle.

    Cela étant dit, je trouve complètement ridicule de parler d’identité nationale à l’heure de l’Europe, à l’heure où l’on connaît tous 1/3 de personnes d’origines plus ou moins étrangère, vivant ou ne faisant que passer, en France.

    Mais le plus grave, et ça me touche particulièrement, c’est que tout le monde parle de l’immigration & co. Que les immigrés doivent s’acclimater à la culture en présence, soit. Mais que dans NOTRE pays, il y ait des habitants de NOTRE pays, nés dans NOTRE pays, qui ne soient toujours pas intégrés à la culture, c’est ça le plus grave.

    Et personne n’en parle.

    Préoccupons nous déjà d’inculquer le sens civique (perdu) à nos enfants, préoccupons nous aussi d’atteindre 99% de lettrés, préoccupons nous toujours de faire perdurer notre langue, notre orthographe, mais surtout, préoccupons nous de donner à TOUS la chance de lire et écrire, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, qu’ils soient valides ou non.

    N’oublions pas que près de 5 millions d’entre nous sont sourds et n’ont PAS ACCES A LA CULTURE !

    (merde!)

  9. Thom dit :

    Ca fait toujours 5 millions de pirates MP3 en moins. Voyons le bon côté des choses !

  10. A_Thos dit :

    Priere dans les commentaires d’eviter de faire un amalgame entre « culture » et « us et coutumes ».
    Rien n’est plus oppose a la culture que la « tradition », qui est l’ensemble de ce qu’on a toujours fait de pere en fils meme si c’est fondamentalement idiot.
    Il n’y a jamais de choc des cultures, en ce sens que la culture n’est pas un etat de fait mais un procede par lequel, via la representation, on prend du recul sur « les choses ». Ce qui est generateur de crises.
    La tradition, elle, nait d’iterations, de memes, de « folklore » le plus souvent superstitieux et totalement pris au premier degre.
    Il y a choc des traditions, dans les us et coutumes, dans les codes sociaux d’expression des emotions ou de la retenue, mais choc des cultures est un abus de langage :)
    Pour l’identite nationale et ce qu’est la nation, j’ai bien aime « nationalismes » de Rabindranath Tagore. La nation ne peut pas donner d’identite. Elle est une idee dont l’objectif est l’acces a la puissance. Elle normalise et egalise donc toute difference ou possible facteur d’incomprehension pour eviter qu’ils ne grippent les rouages de la machine de guerre. Un seul langage, un seul dogme, un seul code de politesse, etc. etc. Les nationalismes substituent l’uniforme a l’universel. La volonte d’uniformite juge par les differences, l’universalisme par les points communs.
    P.S : L’Inde est un sujet d’etude autrement frappant sur ces questions que la France, d’ailleurs ^^

  11. dady di dit :

    Ton pseudo twitter Dji ?

  12. Dji dit :

    Euh, je ne suis pas sur Twitter pourquoi?

  13. Dji dit :

    Par contre j’ai un blog :)

  14. Sophie dit :

    Heureuse de constater qu’un nouvel article est né :)
    Donc merci pour nous pauvres lecteurs!

  15. oslovak dit :

    L’auteur à vraiment une vie parfaite. Ne change rien passe ton temps à juger, et te moquer du monde qui t’entoure.

    Ton manque d’oxytocine en doit être la cause.

    Surement d’ailleurs la raison qui ta poussée d’étudier la philosophie.

    La nature est infâme.
    Ce serai plus qu’intéressant un live.reality blog.

    bybye {[end]}

  16. Dorham dit :

    J’aurais tendance à penser comme vous que le débat est mal posé, tout du moins qu’il est machiavéliquement biaisé, j’aurais aussi tendance à penser qu’il est impossible de réduire la notion de nationalité, mettons à ce que l’on pourrait appeler le « sentiment d’appartenance » tout comme il serait vain de la ramener à la simple administration ou paperasserie.

    Donc, je suis presque d’accord avec vous. Sauf sur le présupposé sémantique qui ouvre votre texte. Etre un individu et se définir dans le collectif, c’est l’homme confronté à la nécessité sociale, ce n’est pas antinomique (encore moins « oxymorique », pardonnez le barbarisme) mais cela témoigne seulement de l’ambivalence humaine. Donc, définir son identité en partie dans ce que l’on peut avoir de commun (et tout est recevable : la nation, la culture, et même le « cliché consenti ») avec les autres est parfaitement possible. Si tant est que l’on considère comme difficile d’être absolument détaché du reste de notre entourage, on recommande même à chacun de parvenir à une sorte d’équilibre entre ce qui fait de
    soi un être unique et ce socle commun qui permet à tout individu d’intégrer la cité – et de s’en sentir plein acteur.

    Il n’empêche, cette petite remarque près, l’analyse est intéressante. Essayer de ne pas faire mentir les mots est toujours intéressant.

Répondre