Madame Oiselle ?

(De l’ambivalence problématique de la dénomination féminine)

En ce moment, un débat sur la case mademoiselle divise les femmes ; du moins, celles qui en ont entendu parler. Tout est parti d’une campagne lancée conjointement par Osez le féminisme et les chiennes de garde.

D’un côté, celles, féministes affirmées, qui estiment que la case mademoiselle est une case en trop. Que la case est non seulement inutile, mais également nuisible puisqu’elle constitue une intrusion dans la vie maritale que ne subissent pas les hommes. Renseigner mademoiselle ou madame, c’est, en quelque sorte, indiquer si l’on dépend d’un père ou d’un époux. De même, cette précision constitue un moment de gêne pour les femmes d’un certain âge que l’on continue d’appeler Mademoiselle, avec les sous-entendus indélicats que la société réserve à ses vieilles filles.

De l’autre, celles qui estiment que c’est un faux combat. Et qu’on ne leur demande pas leur avis, à elles, avant de parler en leur nom. Celles qu’une drague maladroite à base de « hé mamzelle » gêne moins que la reconnaissance d’un lycéen avec un maladroitement poli « merci Madame ». Pour elles, leur féminité et leur jeunesse sont engagées et dépendent de ce si joli « mademoiselle ». Madame, ça fait vieux, un peu rombière, un peu coincée alors que Mademoiselle, finalement, symbolise autant la jeunesse que l’indépendance. Mademoiselle signifie que l’on est administrativement libre, voire sentimentalement disponible.

Les secondes trouvent donc les premières trop véhémentes dans leur militantisme. Elles les accusent d’hystérie, de féminisme poilu, de zèle de mal baisée. J’en passe, et des moins polies. J’ai suivi, mi-séduite mi-affligée, quelques réactions outrées contre la campagne sur la case en trop. Ces demoiselles revendiquent pourtant au quotidien leur liberté citadine de jeune travailleuse, forte et indépendante.  Tant d’avancées, finalement, gagnées grâce à un féminisme militant. Mais l’utilité et la popularité de ces acquis ne coïncide malheureusement pas avec l’image des associations féministes et de leurs campagnes. On se retrouve donc avec des femmes qui dénigrent les féministes. Qui ne comprennent pas les féministes. Qui insultent les féministes. Ou pas toutes les féministes, juste les « enragées ».

Chienne de garde ?!

La case en trop n’est pas mon combat. Le titre de Mademoiselle ne choque pas la jeune jouvencelle que je suis encore ; plus encore, il la flatte. Toujours est-il que je trouve la cause noble. Le féminisme,  certains l’oublient, s’articule autour du choix. Il s’agit de donner à la femme les moyens de son ambition et la possibilité de choisir en son âme et conscience. Le choix d’avorter ou de garder son enfant, le choix de travailler ou de rester chez soi, de s’occuper de sa maison car elle le souhaite et non car elle le doit, le choix de s’habiller comme elle le veut, sans que cela ne justifie une atteinte à son intégrité physique. Le choix, désormais, de dire si elle est mariée ou non, à des entités administratives que l’information devrait théoriquement indifférer.

Alors, peut-être qu’on peut remettre le choix au cœur de cette polémique. Et réconcilier les féministes militantes et dynamiques, car il en faut dans une société juste, avec les femmes qui ne seraient pas grand-chose sans les combats de leurs semblables. Qu’aucune ne se sente opprimée : ni dépossédée d’un titre juvénile qu’elle chérit, ni contrainte à la saisie une information qu’elle s’évertue à garder privée.
La réponse à ce problème est d’une limpide simplicité : fusionner les cases de Melle et de Mme, pour l’administration. Et garder les appellations orales que l’on préfère.

Ce qui donnerait ceci :

⠀ Monsieur                 ⠀ Mlle ou Mme


Commentaires

  1. la.marie dit :

    comme qq femmes, j ai réagis hier, (on va dire « contre » cette nouvelle campagne) et j ai lu, réagis…à différent forum, blog et en fait je suis étonnée de voir que la plupart n en ont rien à faire…
    comme pour les autres je vais réagir aussi à ton bon article :)

    je suis une mlle et je souhaite le rester
    le problème n est pas le mot en soit (cela fait partie du langage, il a évolué…) mais que des associations « décident » de parler au nom de toutes les femmes, je trouve cela un poil « autoritaire » « dictatorial » (je sais c est des mots forts mais j en trouve pas d autre :/)
    certes pour l administratif c est déplorable que lorsqu on est « mlle » nous avons pas les mêmes droit, donc le problème n est pas le mot mais faire changer les formulaires, changer la façon de faire…
    il faut savoir aussi que lorsque l on se marie il n est absolument pas obligatoire de prendre le nom du mari (c est une légende !!!) mais c est dans les moeurs donc presque tout le monde le fait…donc on peut être « mme » tout en gardant son nom de jeune fille (même s’il faut se battre administrativement)
    alors oui je pense qu il y a des combats plus important et je ne dis pas que celui ne l est pas mais la façon dont cela est fait cela me met véritablement hors de moi !!!
    le mot mlle a évolué, la plupart des gens aussi, il ne reste qu une poignée d irreductible pour trouver qu au 21eme siecle c est sexiste et macho, ce n est pas le bon combat (selon moi), on doit avoir le choix d etre mme ou mlle, c est la « loi » qui doit changer pas nous, notre statut notre liberté de choisir
    donc comme je l ai vu sur un blog, qu il n y ai plus que le choix de coché « homme » ou « femme » ou comme tu le proposes (très bonne idée encore mieux que le h/f :) ) une fusion de la case « mme/mlle »

  2. the_seb dit :

    Bon, l’avis d’un mec ça peut être utile ?

    Honnêtement le débat a peu d’intérêt, et je te félicite pour la solution que tu proposes, belle manière de conclure l’article ;)

    Je suis juste sceptique sur le rôle des associations féministes. Oui, elles ont aidé à l’obtention de droits fondamentaux pour les femmes. Mais cela me gêne qu’elles se revendiquent comme les seules promotrices des droits des femmes. Elles donnent l’impression que, si l’on n’est pas d’accord avec leurs vues, on est simplement misogyne.

    L’avancée des droits des femmes est un peu passé par le féminisme et les associations, OK. Mais ce n’est que le résultat attendu du progrès des mentalités dans les sociétés européennes ce dernier siècle, autant chez les hommes que chez les femmes d’ailleurs.

    Alors combattre la misogynie, la discrimination, oui. Mais imposer à toutes les femmes la version de féminisme défendue par les associations, non.

    Bravo pour l’article en tout cas.

  3. Javi dit :

    Si j’ai bien compris, vous êtes pour une double case, et pour le maintien de la case d’après dont l’intitulé est :
    « situation familiale » avec comme réponses possibles:
    « célibataire », « mariée », « veuve »…

    La case en question, visée par l’opération (de com?) Madame ou madame, n’est utilisée que pour l’intitulé (le titre) dont on orne votre nom sur les courriers à vous adressés.

    Le seul intérêt que j’ai vu à l’affaire a été de rappeler à quelques employé(e)s ronchon(nes) de service publics que le titre « Mademoiselle » ou « Madame » s’employait au gré de l’usager et non à celui du(de la) préposé(e) au guichet. Rappel salutaire mais limité.

    Au passage, le site qui mène l’opération (MouM.fr) entretient à mon sens une confusion déplorable sur la nature de l’opération: les vidéos qui illustrent l’emploi jugé péjoratif du mademoiselle ne font pas référence à l’administration, dans les 2/3 des cas, mais à des situations de la vie courante. L’impression qui ressort de cette communication ratée est que le groupe en question souhaite éliminer le mot du vocabulaire courant, sous couvert d’une lutte contre les formulaires.

    Il est dommage d’ailleurs que ce site n’ait eu aucune réflexion visible sur l’opportunité des infos que les formulaires de tout poil nous extorquent dès qu’on veut acheter un billet de train ou demander un document. Ma situation matrimoniale, ma date de naissance, mon numéro de portable ou mon adresse personnelle ne concerne que rarement mon assureur, mon garagiste, ma librairie en ligne ou mon voyagiste. Joindre toutes ces demandes aurait évité l’accusation de misandrie et aurait sans doute donné un plus grand poids à l’ensemble et rendu le succès plus certain.

    Mais peut-être que le but de l’opération n’a jamais été de réussir?

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