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Sagesses des supermarchés « bio »

Puisque les livres sont édités en fonction de la demande du public, il y a lieu de s’inquiéter. Pas seulement à cause de la qualité des best-sellers, mais également à cause des genres littéraires en vogue. À voir l’organisation actuelle des rayons dans les grandes librairies, l’on ne peut que s’interroger sur la fatale importance de la foi pesant sur l’être humain. Spiritualités ab hoc et ésotérisme ab hac. La mode est pour ainsi dire aux philosophies religions spiritualités orientales qui considèrent la civilisation occidentale comme exsangue, s’il vous plaît, et qui se targuent de pouvoir enseigner aux pauvres éléments égarés en son sein les enseignements fondamentaux dont l’application conduit à l’Eveil et au Bonheur.
En termes plus crus, ces spiritualités sont le gîte de névrosés chroniques qui, à défaut d’assumer entièrement leur incapacité outrancière à gérer leur vie de manière concluante, en accusent le mode de vie « occidental » pour se mettre spontanément sous le joug dogmatique d’un Bonheur dictateur.
Discutons du bouddhisme tibétain. Le bouddhisme tibétain fascine grâce à la tolérance et aux bons sentiments qu’il véhicule. Cette guimauve dégoulinante flatte si bien qu’elle devient à la fois appât et bouclier. Appât, car les apparats niais attirent une large cible prédéfinie. Bouclier, car d’une part tout ce qui est couvert de douceur est difficilement attaquable et d’autre part, la supposée tolérance et tranquillité exempt de toute obligation d’argumentation. Prenons le cas d’un bouddhiste occidental lambda aux yeux bovins, qui attestent ultimement de la vacuité absolue, et également amateur de cette infecte substance caoutchouteuse qu’est le Tofu. En Europe, l’on ne saurait être bouddhiste sans se pâmer devant du soja, voyons. Revenons-en à notre mouton : ses théories sur l’amour universel [« nous sommes un » ; « n’écrase pas ce cafard, aime-le, c’est peut-être ta grand-mère »] mettent en exergue sa toxicomanie irrécupérable, à savoir l’inoculation en intraveineuse de la petite maison dans la prairie. Toute critique, aussi retenue soit-elle, donne lieu à une ramification de réactions tellement prévisible et si précise qu’il n’est pas réducteur de qualifier les conséquences de cas d’école.
a) Une intolérance hâtivement invoquée comme expliqué ici.
b) Une ignorance irréfutable. Evidemment, si l’on critique le bouddhisme, si l’on ne se laisse pas emporter par cette merveilleuse vague de féerie innocente dessinée aux crayons de cire rose, c’est que l’on est forcément stupide, ignorant, errant. Evidemment, l’on est trop blasé pour saisir la complexité et la magnificence desdites spiritualités. Douter des facultés intellectuelles à l’aune d’aussi fallacieux prétextes, en voilà une belle leçon de « tolérance ».
c) Le refus d’argumentation pur et simple sous couvert de fuir le conflit. C’est le caractère le plus écœurant de la communication dans le bouddhisme : la couardise. Même lorsque d’éminents moines décident de discuter du bouddhisme et de ses bienfaits, ils usent et abusent des métaphores mièvres pour aboutir, enfin, à….rien du tout. Un vide à l’image du message prôné avec ferveur d’une spiritualité elle-même vide de sens. Puis, In fine, ils s’en sortent aisément en avançant l’existence d’une impasse du décalage des conceptions ou d’une non-réceptivité de l’interlocuteur.

La communication bouddhiste, avec ses inesthétiques mais fort adroites pirouettes rhétoriques, ravit indubitablement. Elle se présente comme une alternative aux religions, dans l’air du temps qui plus est et surtout, elle bénéficie de la trompeuse enseigne de l’athéisme. Car l’athéisme du bouddhisme est fort mis en valeur. Une communication scabreuse est mise en œuvre de manière à créer des amalgames entre l’athéisme, le rationalisme et l’absence de dogme. Forcément, l’association d’idées Dieu & Dogme ayant bien évolué au fil du temps, l’on est systématiquement tenté de croire qu’une spiritualité athée n’est pas dogmatique et dictatrice. Sur cette méprise habile, mais somme toute élémentaire, se base le succès de ce lavage de cerveau à grande échelle. Le bouddhisme s’impose comme une solution naturelle pour celui qui choisit de combler le vide de sa vie avec une encombrante spiritualité mais qui a tout de même honte d’assumer sa religiosité dans une communauté largement laïque. Le bouddhisme représente également une aubaine pour le glorieux simplet qui ignore sa propre langue (comme la langue française, oh !) en lui permettant l’usage de mots dérivés du sanskrit, très à la mode actuellement : karma, nirvana…
Et ça fonctionne. Le bouddhisme dégage cette aura de sympathie, que l’on accorde aux choses mignonnes dénuées d’importance et d’impact ; un peu comme Olivier Besancenot. De cette désinvolture, le bouddhisme tire sa dangerosité. Car sous les apparentes niaiseries déjà vomitives en elles-mêmes et derrière la bonhomie de chimpanzé non moins vomitive du chef spirituel modestement appelé Dalaï-lama [océan de connerie sagesse], se cachent d’ignobles messages impérialistes et discriminatoires (élitisme, sexisme…).
Tout d’abord, il est impossible de passer outre la classification des hommes. Les hommes, égaux ? Certainement pas dans le bouddhisme. Le système des castes est pourtant dûment su et connu, il n’en est pas moins que les gens, dans leur infinie compréhension de tout ce qui est exotique, attribuent ça au système politique et social et non à la religion en elle-même. Dommage, des incantations tantriques prouvent le contraire. Ces incantations glorifient de manière répétitive une entité jugée positive [Dharma, Lama] mais ne sont, concrètement, que des vers de mirliton dont la répétition constante et inlassable aspire au nettoyage cérébral absolu et à la destruction de toute énergie pensante indépendante.
Les hommes supérieurs ont besoin du Dharma *; Sans lui, ils sont comme des aigles. Bien que perchés bien haut, Ils ne signifient pas grand chose.
Les hommes moyens ont besoin du Dharma ; Sans lui, ils sont comme des tigres. Bien qu’ils aient une énorme force, Ils ne valent pas grand chose.
Les hommes inférieurs ont besoin du Dharma ; Sans lui, ils sont comme les ânes des colporteurs. Bien qu’ils portent une lourde charge, Cela ne leur fait pas grand bien.

Jusque là, c’est presque excusable. Presque. Mais passons à la femme, et aux charmants critères d’éligibilité et de mérite.
Les femmes supérieures ont besoin du Dharma ; Sans lui, elles sont comme des tableaux sur un mur. Bien qu’elles fassent joli, Elles n’ont ni sens ni utilité.
Les femmes moyennes ont besoin du Dharma ; Sans lui, elles sont comme de petits rats. Bien qu’elles soient habiles à trouver de la nourriture, Leurs vies n’ont pas beaucoup de sens.
Les femmes inférieures ont besoin du Dharma ; Sans lui, elles sont comme de petites renardes. Bien qu’habiles et malignes, Leurs actes ne valent pas grand chose.

En somme, la beauté est l’aboutissement de la femme, et une femme habile à chercher de la nourriture est plus estimable qu’une femme maligne. Quelle belle leçon de vie que voilà ! Mais que serait un réel message de tolérance imposteur sans des critères encore plus caricaturaux ? L’apparence physique. L’élitisme du bouddhisme dépasserait presque les critères de beauté exigés pour être porte-parole d’un magasin de haute-couture. *
Extrait du sutra du Lotus, à propos du bouddhiste :
Il n’aura pas les lèvres pendantes, ni retroussées, ni gercées ni pustuleuses ; elles ne seront ni abîmées ni tordues, ni épaisses ni grandes, pas plus qu’elles ne seront noircies, ni avec aucun autre défaut. Il n’aura pas le nez aplati ou tordu, ni le visage basané, allongé, étroit ou concave ; il n’aura aucune marque rébarbative [...]

Bienvenue chez les chtis ou l’avènement de la médiocrité

Il est certains films affreusement célèbres, mais que la critique se charge de démolir, n’en déplaise au budget parfois monstrueux dédié à la communication. Tel est le cas du dernier Astérix, une perle en le domaine. Un navet, dans toute son éperdue fadeur, une bouse, dans toute son infinie puanteur, un bide, dans sa toute grasse laideur. Les millions d’euros cramés pour la promotion, la myriade de stars à l’affiche sont autant d’emballages propres à intéresser dans un premier temps, et à écœurer dans un second. Ce film est une bouse dans un écrin, et cela lui fut copieusement signifié par un public déçu et par des critiques invétérés. Le film n’est pour ainsi dire utile que parce que sa nullité rend hommage à Chabat, réalisateur du précédent opus. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. La médiocrité de certains sublime le talent des autres.
Il est toutefois des impostures plus navrantes, qui dépassent de loin la promotion abusive, qui atteignent un public aveugle qui les acclament et qui corrompent une critique qui les encensent. Le plus criant exemple : Bienvenue chez les ch’tis. Le film se base sur un mensonge éhonté, à savoir qu’il existe une vie après Paris. Fourberie.

Attention, ceci est un spoiler qu’il faut absolument lire si vous n’avez pas vu le film. Vous me remercierez plus tard.

Un magazine par des cons, pour des cons

Toute vérité est bonne à dire, paraît-il.

Lorsque l’on connaît l’inutilité de certaines vérités ou la subjectivité inhérente à la notion même de vérité quantifiable, l’on ne peut que s’insurger, s’indigner, s’émouvoir, taper du pied contre une insouciance générale qui permet à des horreurs sémantiques pareilles de cheminer paisiblement. Après le branle-bas de combat penseur, vient immédiatement la langueur, pour ne laisser place qu’à une exaspération brute : somme toute, ce n’est qu’un proverbe de plus dans la marée des citations émétiques.

Mais ce qui est déjà plus gênant, avec ce genre d’aphorisme excrémentiel, c’est que l’on ne les oublie point. L’on a plus tendance à ne pas y penser, à les ignorer temporairement, à les ranger dans un des coins du cerveau inutilisés la plupart du temps, mais ils ont tôt fait de revenir pernicieusement à la surface au moindre petit signe extérieur, vifs et perfides, afin de polluer cet énième esprit las et languide – ce même esprit exténué qui contribuait tranquillement à l’insouciance intellectuelle qu’il avait d’abord blâmée.

Intellectualisation massive

Nous fûmes avisés : le succès des antidépresseurs et des pilules euphorisantes annonçait sans détour que notre si merveilleuse et prodigieuse époque porterait immanquablement le sceau d’un désespoir ambiant. Bien trop imbus de notre personne et trop centrés sur notre passionnante vie, nous ne prêtons guère d’importance aux statistiques concernant les quelques suicidaires et insatisfaits de la vie habituels. Après tout, si darwinisme il y a, il est tout à fait normal qu’il s’attelle autant à l’évolution des espèces qu’à l’évolution des individus et à leur ascension dans la société – D’ailleurs, le darwinisme social servit de base à quelques idéologies particulièrement vomitives comme l’impérialisme, l’eugénisme ou encore ce cher nazisme. Si les plus forts seulement peuvent survivre, les autres ne sont que des brebis galeuses, sacrifiées au nom de la sacro-sainte évolution et d’un Bien collectif ; nous devrions donc n’en avoir cure. Et nous ne en sommes point soucié, en effet, jusqu’à la révélation évidente d’une vérité certaine et assurément non récente : la répétitivité intellectuelle. Le découragement, non content de son quota substantiel de victimes autodestructrices, s’avéra gourmand de créativité. Voire carrément glouton, si l’on se réfère aux résultats : la créativité culturelle n’est plus. Ou presque plus, pour ne pas insulter quelques méritantes âmes. Deux questions se posent alors. Primo, quel est le rapport entre découragement et pénurie intellectuelle ? Réponse simple : lasses, les personnes croient que tout a été pensé, créé, réfléchi, et se contentent désormais d’attiédir le congelé, et de réchauffer le réchauffé. Secundo, pourquoi les statistiques ne nous secouent pas, mais la sécheresse inventive, si ? D’abord, parce que les statistiques sont des chiffres, et ôtent effrontément toute espèce d’humanité aux phénomènes exprimés. Ensuite, ce n’est pas l’engagement intellectuel qui en est la cause, mais l’effet de mode ; et l’effet de mode est tout puissant, est-il besoin de le rappeler ?
En effet, dans notre ère individualiste, où éthique et valeurs disparaissent progressivement*, une entité nouvelle obsède les esprit : l’intellectualisation. Ou plutôt, l’intellectualisation superficielle. Étant une mode guère plus profonde que les autres courants, l’intérêt pour l’intellect qu’elle véhicule n’est que surface et apparat, et ne trahit nullement un changement réel social. Ainsi, s’il est désormais chose commune que tout le monde se mette à tout intellectualiser tout le temps, il appert également que certains échouent lamentablement dans leur tentative risible d’acquérir un passeport culturel. Il est donc parfaitement probable de voir une ravissante greluche fieffée de plus de dix-huit ans soliloquer sur une Tyra Banks (Qui est-ce ?) moche sans maquillage et ayant Closer comme bible, déclarer à ses amies toutes aussi ravissantes qu’elle a largué Petit Ami n°4 car il n’était pas assez intelligent pour elle.
Mais ne nous attardons pas sur les truismes.
La répétitivité intellectuelle n’est honnie, au final, que parce que quelques personnes averties l’ont estimée désastreuse et parce qu’une pléthore d’autres personnes ont voulu se faire passer per fas et nefas pour des personnes de goût. Malheureux suivisme ! D’aucuns oublient, en effet, que de la stagnation naît la régression, et que l’apraxie réflexive trahit un malaise enfoui et inhérent à la société, qu’il est vital non de cataloguer, mais d’analyser. Et si la critique constructive devrait ravir, la critique non réfléchie désenchante instantanément.
À titre d’exemple, et dans un registre nettement plus léger, il n’est pas rare d’entendre un cinéphile de la dernière heure dénigrer « le cinéma actuel», estimé fort médiocre mais qu’il regarde avec intérêt.

Moralité : peu importe que la soupe qui nous est servie soit une soupe de navets, on ne devrait pas cracher dedans si on la mange.

Nissa

Lorsque l’on ne connaît pas Nice et que l’on ne se fie qu’au site Internet de la côte d’Azur, qui en parle comme d’une ville au patrimoine imposant, on serait tenté de croire que Oui, Nice ferait une bonne capitale de la culture. Malheureusement, la réalité s’avère toute autre, pour peu que l’on y ait séjourné plus d’une quinzaine de jours : Nice est aussi apte à symboliser la culture que la tecktonik l’esprit critique. Il est évidemment impossible de nier que la ville compte en son sein quelques musées et oeuvres d’art contemporain (comme l’hideuse sculpture industrielle d’un jaune criard de l’arrière-pays de Nice ; illustration à venir), mais il est hypocrite, voire rigoureusement mensonger, de pousser l’hyperbole jusqu’à affirmer qu’elle en regorge.
Car, quand on évoque Nice, l’on est à mille lieues d’y associer culture, musées ou sculputure, aussi laide soit-elle ; l’on pense plutôt à la plage (et à ses foutus galets), aux riches pédants, au soleil tapageur, aux dragueurs tout aussi tapageurs, à la vie de nuit et son lot de petits cons, et aux déguisements urbains fashion victims. Les fashion victims sont les seules victimes fières de l’être. Ce tableau a ce petit quelque chose de grotesque mais de tellement pathétique, qui attire inévitablement la compassion (on imagine la vieille tête de turc du lycée, l’objet de tous les supplices, sortir de la douche des garçons en boitillant, un tube de vaseline fièrement mis en évidence).

Comment peut-on nommer capitale de la culture européenne une ville dont les habitants s’enorgueillissent d’être les précurseurs des meilleures modes en France, modes importées directement d’Italie ? Comment peut-on qualifier de culturelle la cité où la superficialité est à son apogée ?
En effet, la jeunesse niçoise fait partie de ces populations suffisamment optimistes pour s’imaginer qu’un soin vestimentaire sortant de l’ordinaire (et dérivant vaniteusement dans le ridicule) peut faire excuser un manque absolu d’idées. Sans vouloir généraliser (puisque généraliser, c’est être intolérant, et l’intolérance c’est caca-boudin et en plus, ça tue le dialogue, et que tuer le dialogue, c’est caca-boudin bis), la fatuité est un leitmotiv collectif, et le stéréotype un idéal à atteindre.