Catégorie: Expression au comptoir

Un magazine par des cons, pour des cons

Toute vérité est bonne à dire, paraît-il.

Lorsque l’on connaît l’inutilité de certaines vérités ou la subjectivité inhérente à la notion même de vérité quantifiable, l’on ne peut que s’insurger, s’indigner, s’émouvoir, taper du pied contre une insouciance générale qui permet à des horreurs sémantiques pareilles de cheminer paisiblement. Après le branle-bas de combat penseur, vient immédiatement la langueur, pour ne laisser place qu’à une exaspération brute : somme toute, ce n’est qu’un proverbe de plus dans la marée des citations émétiques.

Mais ce qui est déjà plus gênant, avec ce genre d’aphorisme excrémentiel, c’est que l’on ne les oublie point. L’on a plus tendance à ne pas y penser, à les ignorer temporairement, à les ranger dans un des coins du cerveau inutilisés la plupart du temps, mais ils ont tôt fait de revenir pernicieusement à la surface au moindre petit signe extérieur, vifs et perfides, afin de polluer cet énième esprit las et languide – ce même esprit exténué qui contribuait tranquillement à l’insouciance intellectuelle qu’il avait d’abord blâmée.

Intellectualisation massive

Nous fûmes avisés : le succès des antidépresseurs et des pilules euphorisantes annonçait sans détour que notre si merveilleuse et prodigieuse époque porterait immanquablement le sceau d’un désespoir ambiant. Bien trop imbus de notre personne et trop centrés sur notre passionnante vie, nous ne prêtons guère d’importance aux statistiques concernant les quelques suicidaires et insatisfaits de la vie habituels. Après tout, si darwinisme il y a, il est tout à fait normal qu’il s’attelle autant à l’évolution des espèces qu’à l’évolution des individus et à leur ascension dans la société – D’ailleurs, le darwinisme social servit de base à quelques idéologies particulièrement vomitives comme l’impérialisme, l’eugénisme ou encore ce cher nazisme. Si les plus forts seulement peuvent survivre, les autres ne sont que des brebis galeuses, sacrifiées au nom de la sacro-sainte évolution et d’un Bien collectif ; nous devrions donc n’en avoir cure. Et nous ne en sommes point soucié, en effet, jusqu’à la révélation évidente d’une vérité certaine et assurément non récente : la répétitivité intellectuelle. Le découragement, non content de son quota substantiel de victimes autodestructrices, s’avéra gourmand de créativité. Voire carrément glouton, si l’on se réfère aux résultats : la créativité culturelle n’est plus. Ou presque plus, pour ne pas insulter quelques méritantes âmes. Deux questions se posent alors. Primo, quel est le rapport entre découragement et pénurie intellectuelle ? Réponse simple : lasses, les personnes croient que tout a été pensé, créé, réfléchi, et se contentent désormais d’attiédir le congelé, et de réchauffer le réchauffé. Secundo, pourquoi les statistiques ne nous secouent pas, mais la sécheresse inventive, si ? D’abord, parce que les statistiques sont des chiffres, et ôtent effrontément toute espèce d’humanité aux phénomènes exprimés. Ensuite, ce n’est pas l’engagement intellectuel qui en est la cause, mais l’effet de mode ; et l’effet de mode est tout puissant, est-il besoin de le rappeler ?
En effet, dans notre ère individualiste, où éthique et valeurs disparaissent progressivement*, une entité nouvelle obsède les esprit : l’intellectualisation. Ou plutôt, l’intellectualisation superficielle. Étant une mode guère plus profonde que les autres courants, l’intérêt pour l’intellect qu’elle véhicule n’est que surface et apparat, et ne trahit nullement un changement réel social. Ainsi, s’il est désormais chose commune que tout le monde se mette à tout intellectualiser tout le temps, il appert également que certains échouent lamentablement dans leur tentative risible d’acquérir un passeport culturel. Il est donc parfaitement probable de voir une ravissante greluche fieffée de plus de dix-huit ans soliloquer sur une Tyra Banks (Qui est-ce ?) moche sans maquillage et ayant Closer comme bible, déclarer à ses amies toutes aussi ravissantes qu’elle a largué Petit Ami n°4 car il n’était pas assez intelligent pour elle.
Mais ne nous attardons pas sur les truismes.
La répétitivité intellectuelle n’est honnie, au final, que parce que quelques personnes averties l’ont estimée désastreuse et parce qu’une pléthore d’autres personnes ont voulu se faire passer per fas et nefas pour des personnes de goût. Malheureux suivisme ! D’aucuns oublient, en effet, que de la stagnation naît la régression, et que l’apraxie réflexive trahit un malaise enfoui et inhérent à la société, qu’il est vital non de cataloguer, mais d’analyser. Et si la critique constructive devrait ravir, la critique non réfléchie désenchante instantanément.
À titre d’exemple, et dans un registre nettement plus léger, il n’est pas rare d’entendre un cinéphile de la dernière heure dénigrer « le cinéma actuel», estimé fort médiocre mais qu’il regarde avec intérêt.

Moralité : peu importe que la soupe qui nous est servie soit une soupe de navets, on ne devrait pas cracher dedans si on la mange.

Ratés de la démocratie

La démocratie, cette oppression du peuple par le peuple, système imparfait mais qui reste indiscutablement le meilleur, crée quelques excès sinon effarants, ridicules. Le peuple, jadis docile, est désormais mû par le désir de voter ab hoc et ab hac, avec cette énergique enthousiasme propre aux adolescents à l’anarchisme naissant.
Le monde moderne tout comme l’un peu moins moderne, avec son amour des élections, a généré de monstrueuses âneries politiques – Hitler, Bush, Schwarzenegger, Sarkozy et Royal au deuxième tour des élections législatives françaises – et de nombreuses absurdités et blasphèmes artistiques. Passons sur les élections parfaitement inutiles, qui exaltent cependant le peuple : comme le fort médiatique concours de dindes, Miss France, massivement suivi par un poulailler surexcité et écervelé ; et revenons-en aux réels affronts impardonnables. Par exemple, la Star Academy, et Co, où la popularité est plus importante que le talent, où le public vote pour la personne (personnage serait un tantinet plus approprié) et non pour l’artiste.
Autre stupidité effarante, insulte aberrante à l’esthétisme et au patrimoine : les élections des nouvelles merveilles du monde. Ne nous attardons point sur l’objectivité inexistante du projet, lancé par des étasuniens et focalisé majoritairement sur des ouvrages sur le continent américain, mais délectons-nous plutôt des critères de sélection (avant-gardisme, modernité, ingéniosité physique) qui omettent toute notion d’esthétisme.
Repassez pour les merveilles, et merci.

Une élection grotesque se renouvelle depuis longtemps : l’élection de la capitale de la culture européenne. Quintessence de la sottise que voilà ! Capitale de la culture. Explications sur cet obscur concept ? Chaque ville est durant une année, une capitale de la culture. Un titre qui ne signifie intrinsèquement rien, mais qui sera du plus bel effet sur des pancartes placés un peu partout et qui fera de ladite cité le pied-à-terre de beaucoup d’artistes – un peu comme les mondanités, le temps d’une année, de la gagnante du concours de dindes cité plus haut. C’est bien, c’est beau, c’est émouvant… tous ces transports de culture hors-frontières, mais quels sont les critères ? Que signifie ce diplôme pseudo-prestigieux mais qui fait le tour de toutes les mains ?

Jeunes et cons

Le développement polyvalent des liens d’interdépendance entre hommes est à son apogée. Aux portes de la mondialisation, les plus utopistes ont cru en l’extension effective de la notion de citoyen du monde : une identité pacifiste rejetant l’essence même des frontières, des pays et des clivages entre les hommes. Une philosophie stoïcienne qui repousse toute discrimination qui se baserait sur les croyances, l’origine ou le sexe. Ironie du sort : l’intolérance et le sectarisme atteignent justement des sommets vertigineux : le terrorisme islamiste, la polémique enflammée –c’est le cas de le dire- des caricatures de Mahomet, le communautarisme de la gay pride et afin de passer de Scylla en Charybde, le phénomène intrigant des nationalités à la mode. Désormais, et comme si les gouvernements ne se chargeaient pas suffisamment de séparer les humains, la citoyenneté revêt une autre importance : la tendance. Il est communément admis qu’être italien, africain, maghrébin ou polonais confère un prestige propre charmer les puceaux amateurs de commentaires jouissifs sur les stars de la skyblogosphère française et à flatter les jeunes dont les sources de satisfaction se limitent à un critère aussi dérisoire que la nationalité. Les mots polak, rital, rebeu et black fleurissent sur internet comme de la mauvaise herbe; de la mauvaise herbe, exactement. De vils parasites indésirables mais qui font immanquablement partie du paysage.

En effet, appartenir à tel ou tel pays est source d’une superbe et d’une fierté fort peu spirituelles. S’enorgueillir d’une origine ethnique où le mérite est inexistant est une marque manieste de renonciation au bon sens. Des ces burlesques causes naissent des conséquences non moins risibles. Le vingt-et-unième siècle aura ainsi connu une vogue des plus ridicules, pour être politiquement correct : la recherche constante d’une appartenance aux pays branchés ou dits exotiques. Les précurseurs comme les suiveurs de cette mode semblent oublier que s’il pouvait n’exister qu’un concept de relatif, ce serait bien l’exotisme. Une quête basse et continue des gènes oubliés pour avoir l’apanage d’exposer sur son skyblog un photomontage avecle drapeau dudit pays (avec le numéro du département s’il vous plaît !).Des tendances anodines qui pourraient fort bien trahir un esprit compartimentaliste chez une jeunesse individualiste qui cherche la distinction à tout prix, sans avoir la présence d’esprit qui va avec. Triste.

Saint Valentin

Je suis allergique aux poils de chiens, à la viande d’agneau, aux bijoux en métal non précieux, à la cortisone, à mille et un excipients, aux produits anesthésiants, au pollen, aux navets, aux huîtres, aux oursins mal cuits, aux couteaux et à la Saint Valentin.

Ce faste de niaiserie exhibitionniste et guimauve a des propriétés émétiques spectaculairement insupportables. Encore si je n’avais droit qu’à ces horribles tourtereaux égoïstes qui s’embrassent à chaque banc et à chaque coin de rue et qui s’imaginent qu’il y a des anges tous nus qui jouent de la harpe sur un arc-en-ciel, mon caractère râleur à outrance n’aurait pas lieu de se manifester. Hélas ! Trois fois Hélas ! Le Destin en a voulu autrement. *Musique tragique*
La Saint Valentin, c’est :