Catégorie: La vie dans le mouroir

[Lili P.] Anti-dépresseurs, anti-penseurs

 

Lili P.  sort de chez son médecin. Liliputienne de son état, elle affiche sur la balance un poids ridicule de 43 kilos. Pourtant, son docteur n’a pas hésité, pour la guérir de son hyperactivité, une dose quotidienne de Prozac 60 mg par jour ; ce qui est aussi logique que de prescrire à un chaton excité du sédatif pour cheval.

 

Quand la droite décomplexée est également imbécile

11h. Faculté de Lettres de Nice Sophia Antipolis.

Un sac Longchamp à la main, et un téléphone tactile dans l’autre, Lili P. évite tant bien que mal de piétiner un amas considérable de tracts révolutionnaires. Elle râle en son for intérieur, et se dit qu’elle vient de découvrir à elle seule pourquoi la gauche n’arrive pas à se rassembler. Si l’extrême gauche nargue à ce point les Verts, ce n’est pas demain la veille que la France aura une opposition digne de ce nom. Forte de cette fine analyse politique, ealle s’apprête à claquer du talon sur les premières marches de l’hideux bâtiment où l’on lui dispose des cours quand, soudain, une main, ignorant les nids à bactéries ambulants communément appelés dreadeux devant elle, lui donne un tract révolutionnaire. Lili se demande pourquoi on lui propose un tract à elle et pas aux autres, qui semblaient plus portés sur la révolution qu’elle. De plus, si elle en voulait un, elle n’aurait quand même pas hésité à en ramasser un. Elle saisit tout de même le flyer que lui tendait la main manucurée d’un jeune homme qui avait autant de chances d’étudier à la faculté de Lettres que Lili d’être chanteuse de tantras dans un temple bouddhiste. Le pull par-dessus chemise et la coiffure façon mise en plis sont des signes qui ne trompent pas, lorsque l’on se place dans le microcosme caricatural des étudiants niçois. Un apprenti juriste. Ce qu’un juriste fait dans la fac des Hippies crasseux est curieux. La raison pour laquelle il distribue des tracts démagogiques dignes des communistes de base aux T-shirts Che Guevara est sur le point de chiffonner la naine un rien snob. À y regarder de plus près, le tract est distribué par de jeunes militants UMP Facs. Lili rit sous cape de ce révolutionnaire en Ralph Lauren, mais continue son chemin.

Mais en sortant de cours, Lili est estomaquée. À croire que la construction universitaire semblait en mal de laideur, l’on avait placardé sur les murs des affiches criardes représentant Valérie Pécresse. « Ils ont chosii de toujours dire non, nous avons fait la réforme de l’enseignement . Nous sommes révolutionnaires. »

Je suis raciste [Vacherie illustrée]

 

À l’heure où le soleil azuréen est gagné par la prétention  emblématique de cette merveilleuse région, à l’heure où Râ se fait aussi rare qu’un VIP, les gens se couvrent, sans surprise. Les mines se font grises et les teints palissent. Les vampires sont de retour sous leur vrai jour.

Les vampires sont ces personnes que l’on ne rencontre qu’en soirée, et que l’on félicite pour ce timing stratégique. Au vu de leur accoutrement pailleté, il n’aurait pas en effet été possible de vivre la journée. Le vampire azuréen, à défaut de finir en cendres,  serait réduit en pièces par trolls bourrins (cette courageuse tribu ayant survécu au Karcher présidentiel). L’existence de ces personnes est réduite à prendre des photos en boite, à les publier systématiquement sur Facebook/Skyrock,  et à entendre en boucle « pas intéressée » de la part des altières demoiselles qu’ils ont eu l’audace draguer. L’élémentarisme superficiel de ce mode de vie les pousse à se dissimuler. Aussi,  ont-ils recours à la méthode IN pour rembrunir leur blancheur fessière. Une technique IN est une apparence testée par des célébrités qui en ont assumé le ridicule sans en mourir (hélas ?). Les stars donnent le ton, et en hiver, le ton est orange.

 

Nissa

Lorsque l’on ne connaît pas Nice et que l’on ne se fie qu’au site Internet de la côte d’Azur, qui en parle comme d’une ville au patrimoine imposant, on serait tenté de croire que Oui, Nice ferait une bonne capitale de la culture. Malheureusement, la réalité s’avère toute autre, pour peu que l’on y ait séjourné plus d’une quinzaine de jours : Nice est aussi apte à symboliser la culture que la tecktonik l’esprit critique. Il est évidemment impossible de nier que la ville compte en son sein quelques musées et oeuvres d’art contemporain (comme l’hideuse sculpture industrielle d’un jaune criard de l’arrière-pays de Nice ; illustration à venir), mais il est hypocrite, voire rigoureusement mensonger, de pousser l’hyperbole jusqu’à affirmer qu’elle en regorge.
Car, quand on évoque Nice, l’on est à mille lieues d’y associer culture, musées ou sculputure, aussi laide soit-elle ; l’on pense plutôt à la plage (et à ses foutus galets), aux riches pédants, au soleil tapageur, aux dragueurs tout aussi tapageurs, à la vie de nuit et son lot de petits cons, et aux déguisements urbains fashion victims. Les fashion victims sont les seules victimes fières de l’être. Ce tableau a ce petit quelque chose de grotesque mais de tellement pathétique, qui attire inévitablement la compassion (on imagine la vieille tête de turc du lycée, l’objet de tous les supplices, sortir de la douche des garçons en boitillant, un tube de vaseline fièrement mis en évidence).

Comment peut-on nommer capitale de la culture européenne une ville dont les habitants s’enorgueillissent d’être les précurseurs des meilleures modes en France, modes importées directement d’Italie ? Comment peut-on qualifier de culturelle la cité où la superficialité est à son apogée ?
En effet, la jeunesse niçoise fait partie de ces populations suffisamment optimistes pour s’imaginer qu’un soin vestimentaire sortant de l’ordinaire (et dérivant vaniteusement dans le ridicule) peut faire excuser un manque absolu d’idées. Sans vouloir généraliser (puisque généraliser, c’est être intolérant, et l’intolérance c’est caca-boudin et en plus, ça tue le dialogue, et que tuer le dialogue, c’est caca-boudin bis), la fatuité est un leitmotiv collectif, et le stéréotype un idéal à atteindre.