Catégorie: Langue de vipère

Bienvenue chez les chtis ou l’avènement de la médiocrité

Il est certains films affreusement célèbres, mais que la critique se charge de démolir, n’en déplaise au budget parfois monstrueux dédié à la communication. Tel est le cas du dernier Astérix, une perle en le domaine. Un navet, dans toute son éperdue fadeur, une bouse, dans toute son infinie puanteur, un bide, dans sa toute grasse laideur. Les millions d’euros cramés pour la promotion, la myriade de stars à l’affiche sont autant d’emballages propres à intéresser dans un premier temps, et à écœurer dans un second. Ce film est une bouse dans un écrin, et cela lui fut copieusement signifié par un public déçu et par des critiques invétérés. Le film n’est pour ainsi dire utile que parce que sa nullité rend hommage à Chabat, réalisateur du précédent opus. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. La médiocrité de certains sublime le talent des autres.
Il est toutefois des impostures plus navrantes, qui dépassent de loin la promotion abusive, qui atteignent un public aveugle qui les acclament et qui corrompent une critique qui les encensent. Le plus criant exemple : Bienvenue chez les ch’tis. Le film se base sur un mensonge éhonté, à savoir qu’il existe une vie après Paris. Fourberie.

Attention, ceci est un spoiler qu’il faut absolument lire si vous n’avez pas vu le film. Vous me remercierez plus tard.

Jeunes et cons

Le développement polyvalent des liens d’interdépendance entre hommes est à son apogée. Aux portes de la mondialisation, les plus utopistes ont cru en l’extension effective de la notion de citoyen du monde : une identité pacifiste rejetant l’essence même des frontières, des pays et des clivages entre les hommes. Une philosophie stoïcienne qui repousse toute discrimination qui se baserait sur les croyances, l’origine ou le sexe. Ironie du sort : l’intolérance et le sectarisme atteignent justement des sommets vertigineux : le terrorisme islamiste, la polémique enflammée –c’est le cas de le dire- des caricatures de Mahomet, le communautarisme de la gay pride et afin de passer de Scylla en Charybde, le phénomène intrigant des nationalités à la mode. Désormais, et comme si les gouvernements ne se chargeaient pas suffisamment de séparer les humains, la citoyenneté revêt une autre importance : la tendance. Il est communément admis qu’être italien, africain, maghrébin ou polonais confère un prestige propre charmer les puceaux amateurs de commentaires jouissifs sur les stars de la skyblogosphère française et à flatter les jeunes dont les sources de satisfaction se limitent à un critère aussi dérisoire que la nationalité. Les mots polak, rital, rebeu et black fleurissent sur internet comme de la mauvaise herbe; de la mauvaise herbe, exactement. De vils parasites indésirables mais qui font immanquablement partie du paysage.

En effet, appartenir à tel ou tel pays est source d’une superbe et d’une fierté fort peu spirituelles. S’enorgueillir d’une origine ethnique où le mérite est inexistant est une marque manieste de renonciation au bon sens. Des ces burlesques causes naissent des conséquences non moins risibles. Le vingt-et-unième siècle aura ainsi connu une vogue des plus ridicules, pour être politiquement correct : la recherche constante d’une appartenance aux pays branchés ou dits exotiques. Les précurseurs comme les suiveurs de cette mode semblent oublier que s’il pouvait n’exister qu’un concept de relatif, ce serait bien l’exotisme. Une quête basse et continue des gènes oubliés pour avoir l’apanage d’exposer sur son skyblog un photomontage avecle drapeau dudit pays (avec le numéro du département s’il vous plaît !).Des tendances anodines qui pourraient fort bien trahir un esprit compartimentaliste chez une jeunesse individualiste qui cherche la distinction à tout prix, sans avoir la présence d’esprit qui va avec. Triste.

Marie-Antoinette

Autant l’annoncer d’emblée : je vais paraître grossière. Parce que c’est être artistiquement incorrect, ces temps-ci, que de ne point s’extasier béatement devant le talent de Mademoiselle Coppola, parce que c’est faire preuve d’un blâmable mauvais goût et d’un perfectionnisme désuet que de ne pas s’enthousiasmer outre mesure devant les anachronismes, même imbéciles, d’une estimée et prétendue prodige de la réalisation. Anchronismes qui caractérisent de manière particulièrement pénible la récente réalisation de la cadette Coppola : Marie-Antoinette.

L’affiche annonce littéralement la couleur du film : du rose, et du mauvais. La police des caractères du titre figurant dans l’affiche, bien fuschia, laisse quant à elle présager le pire en matières d’anachronismes : du jeunisme à coup sûr lamentable. Cette désagréable impression est promptement confirmée : une bande son singulièrement médiocre en raison d’une voix éraillée et d’accords de guitares qui ne brille que dans la banalité. De la pop-rock pitoyable en somme, qui réussirait presque à faire passer les membres de Tokio Hotel pour des génies de la musique. Un jeunisme si déphasé et tellement imposé qu’il tombe dans le consensuel le plus plat : plus tard, des converse couleur bleu-violet trôneront effrontément auprès de quelques merveilles de la Haute Chaussure tandis que des parisiens du dix-neuvième siècle danseront allègrement sur la même pop-rock dérangeante. De grâce, que l’on ne qualifie pas ces maladresses lamentables de « décalages » et d’«audace », ne serait-ce que par respect pour ceux qui en usent réellement avec habileté et justesse.
L’introduction est plate à souhait, en cela elle introduit fort bien le déroulement des actions du film : une incessante suite de scènes répétitives, muettes, parsemées néanmoins de rares dialogues inintéressants et insipides. Une stérilité émotionnelle exceptionnelle qui enfonce le spectateur dans une léthargie chronique, dont il n’est tiré que pour s’extasier devant la beauté de Kirsten Dunst, ou au contraire, pour pester contre la jeune actrice, qui semble avoir abandonné ses livres d’histoire au profit d’une préparation auprès des jouvencelles à peine pubères des agences de mannequinat. Des acteurs lisses comme du marbre, fades comme des huîtres sans citron qui, au lieu de sauver la platitude du scénario, l’enfoncent sans une once de ménagement. Car aucun fait ne marque, en lui-même : seul le détail inlassablement réitéré y prétend, au même titre que le désintérêt culturel des scénaristes. Si vous pensez que l’histoire de Marie-Antoinette comporte moult faits passionnants (tels la guillotine, le procès, l’avant-procès, la manipulation viennoise dont elle était victime à Versailles même, la révolution française), permettez à Miss Coppola de vous détromper. De la vie de la reine, vous n’êtes censés retenir que les pâtisseries, les chaussures et la frustration sexuelle. Ou comment préférer les minauderies adolescentes à l’aspect historique infiniment plus intéressant du contexte. Une mièvrerie et un simplisme américains grandioses – veuillez excuser la redondance.* Ce film est une évocation de la vie d’une Marie-Antoinette peinte telle une Paris Hilton du dix-neuvième siècle – la levrette en moins. Un retour inintéressant sur les coulisses de Versailles, avec le professionnalisme rétrospectif que l’on connaît aux magazines People.
Enfin, cerise sur le navet : les erreurs historiques. Extrapoler des rumeurs, ne pas maîtriser ses cours d’histoire et spéculer sur l’intimité d’une reine sont d’une irresponsabilité rare, à l’heure où le désintérêt de la culture se fait de plus en plus cruel et où les films deviennent des références de vérité pour une jeunesse de plus en plus abrutie. Depuis quand le sacre a-t-il lieu à Versailles ? Qui prouve que Marie Antoinette a bel et bien eu une relation avec Axel de Fersen ? De même, depuis quand la grâcieuse Madame du Barry, qui charma Voltaire lui-même, est-elle une immonde rustre aux manières barbares ?
• Points négatifs :
Ressources système insuffisantes.
• Points positifs :
Les images sont splendides et les costumes exceptionnels. Or, quand on se permet de louer Versailles, le mérite est-t-il réellement présent ? Autrement, ce film est un excellent somnifère. Sofia Coppola, au-delà des limites que fixent la réalisation, ne s’est pas contentée de retranscrire avec exactitude l’ennui de la jeune reine, mais a également tenu à créer un lien empathique entre Marie-Antoinette et le public : il s’ennuie.
Après lost in translation, Sofia Coppola assume l’amour ostentatoirement sensible qu’elle semble porter à l’ennui. Et s’y distingue quand il s’agit de le filmer. Elle réussit avec ce dernier « opus » à créer un film caractéristique d’une jeunesse qui se surestime, mais qui manque cruellement de culture et de subtilité. Magistral.

Greluche un jour, greluche toujours

Je crie à l’invasion, je dénonce l’imposture, j’hurle à l’empiètement.
Le monde est arrogé par un dangereux essaim de clones humanoïdes, j’ai nommé les greluches. Le danger de cette redoutable espèce mutante réside en une inévitable et fatale transformation cérébrale et comportementale qui atteint des sujets principalement féminins, et ce sans préavis. Une terrible contagion dont nous ne savons rien : ni les facteurs de diffusion ni l’origine. En ces pénibles heures où l’article est mis sous presse, aucun antidote ou vaccin n’a été découvert pour pallier ce terrible fléau. Un seul mot d’ordre : prévention. Oui,
mais comment ? Il faut savoir reconnaître la greluche, et l’éviter.

♦ IRL :
La greluche n’aime manifestement pas être reconnue dans la rue. Pour éviter cela, elle use de son arme favorite : le maquillage. Ses techniques de camouflage sont judicieusement et visiblement inspirées du relookage infligé aux voitures volées. C’est donc avec un beau visage peint et une superbe peau duveteuse grâce au fond de teint que la greluche déambule les rues…ainsi que des milliers de ses semblables. En effet, la greluche aime marquer son appartenance et son identité. Si, pour le commun des mortels, l’identité se fonde sur une problématique de la confrontation entre différenciation et conformisme, les greluches ne semblent point se condescendre à se poser de telles questions : conformisme bien évidemment. C’est simple, sommaire et clair comme de l’eau de calanque : à chaque mode, toutes les greluches arborent les mêmes vêtements en vogue, ce qui est loin de convenir à toutes celles qui s’y mettent. Ainsi nous assistons à des centaines de jeunes filles, toutes tailles confondues, tous poids défendus, toutes graisses non fondues se vêtir identiquement et périodiquement des mêmes accoutrements, tant pis pour celles à qui lesdits habits et accessoires ne vont point. Entre les immenses culottes chevalines affublées de minuscules shorts et les silhouettes sphériques coincées dans des jeans slims, en passant par des lunettes insecto-éloquentes inadaptées à la majorité des visages humains, le risible atteint des sommets vertigineux prouvant incontestablement le caractère pathologique des symptômes.

Saint Valentin

Je suis allergique aux poils de chiens, à la viande d’agneau, aux bijoux en métal non précieux, à la cortisone, à mille et un excipients, aux produits anesthésiants, au pollen, aux navets, aux huîtres, aux oursins mal cuits, aux couteaux et à la Saint Valentin.

Ce faste de niaiserie exhibitionniste et guimauve a des propriétés émétiques spectaculairement insupportables. Encore si je n’avais droit qu’à ces horribles tourtereaux égoïstes qui s’embrassent à chaque banc et à chaque coin de rue et qui s’imaginent qu’il y a des anges tous nus qui jouent de la harpe sur un arc-en-ciel, mon caractère râleur à outrance n’aurait pas lieu de se manifester. Hélas ! Trois fois Hélas ! Le Destin en a voulu autrement. *Musique tragique*
La Saint Valentin, c’est :