Leçon de ridicule par B. Laporte

 

  La Marseillaise a été sifflée, huée. Ce genre de manifestation est pour le moins stupide, mais       ce fait-divers ne possède pas ce caractère fondamentalement insolite ou stupide propre à le   faire mentionner dans ces prétentieuses colonnes.

 

De l’inimitié assumée pour la cellulite

Les canons de la beauté sont cruels pour les uns, ambitieux pour les autres. Tout de dépend de quel côté l’on se trouve, ou plutôt, quelle taille de pantalon l’on fait. Finesse et sveltesse sont bénies. Or, la mauvaise foi, doublée de complexes somme toute bien compréhensibles, véhicule une pensée supposée anticonformiste : la minceur, c’est laid. Et vive la révolution de la disgrâce grasse. Sous couverts d’arguments sérieux et d’exemples construits, lesdites personnes, en droite ligne de la notion argumentative la plus basique et la plus célèbre de Schopenhauer, citent les cas osseux et tragiques auxquels conduit l’anorexie. Une vision simpliste, affreusement binaire. Les gens ne seraient que des 0 et des 1. D’un point de vue pondéral, évidemment. Des fils de fer, et des cercles. Aucun intermédiaire. C’est donc sur les pires dérives des maladies psychologiques liées au poids que se greffe le discours détracteur d’une communauté peu favorisée par la nature. Ce qui est justement blâmable, c’est l’instauration d’une communauté, non sur un désir d’entraide et de solidarité, mais sur de la mauvaise foi.


L’anticonformisme a la cote

 

Tout le monde accable la société de consommation. Elle a, dit-on, instauré la loi du paraître et continue, la vilaine, d’imposer des canons de beauté inaccessibles. Elle a plongé des générations dans la dépression et le malheur en pervertissant jusqu’à la moelle de nobles valeurs désormais vétustes. Anorexie, dépression… Des tares propres  à notre ère. Sans conteste, nous tenons là la tête de turc de la société. La société de consommation est le bouc émissaire. Il ne s’agit pas pour l’individu de remettre en question ses propres facultés d’analyse, son approche du monde mais plutôt d’incomber à une entité inconnue tous les malheurs du monde. La société de consommation est  le coupable idéal, pour donner à ses frustrations un exutoire. Les tentacules de la société de consommation sont tellement nombreux que la société de consommation est indivisible. Et critiquer la généralité, sans risque de confrontation directe, c’est encore ce que l’individu sait faire de mieux.

Fuck  authority, fuck beauty, fuck consommation, fuck money. Yeah !

Je suis raciste [Vacherie illustrée]

 

À l’heure où le soleil azuréen est gagné par la prétention  emblématique de cette merveilleuse région, à l’heure où Râ se fait aussi rare qu’un VIP, les gens se couvrent, sans surprise. Les mines se font grises et les teints palissent. Les vampires sont de retour sous leur vrai jour.

Les vampires sont ces personnes que l’on ne rencontre qu’en soirée, et que l’on félicite pour ce timing stratégique. Au vu de leur accoutrement pailleté, il n’aurait pas en effet été possible de vivre la journée. Le vampire azuréen, à défaut de finir en cendres,  serait réduit en pièces par trolls bourrins (cette courageuse tribu ayant survécu au Karcher présidentiel). L’existence de ces personnes est réduite à prendre des photos en boite, à les publier systématiquement sur Facebook/Skyrock,  et à entendre en boucle « pas intéressée » de la part des altières demoiselles qu’ils ont eu l’audace draguer. L’élémentarisme superficiel de ce mode de vie les pousse à se dissimuler. Aussi,  ont-ils recours à la méthode IN pour rembrunir leur blancheur fessière. Une technique IN est une apparence testée par des célébrités qui en ont assumé le ridicule sans en mourir (hélas ?). Les stars donnent le ton, et en hiver, le ton est orange.

 

Bravo, Monoprix

Monoprix a dévoilé publiquement sa volonté de devenir une pièce maîtresse dans l’investissement du moment, l’un des rares domaines épargnés par la crise, voire en plein essor : l’abrutissement de la jeunesse. Cette même jeunesse est pourtant déjà insultée par la médiocrité des émissions actuelles : Dora l’exploratrice ou pire, les  Teletubbies. Mais si la valeur n’attend pas l’âge, les insultes non plus. Lâcheté et couardise, donc : Monoprix achève un adversaire déjà à terre. 

Car le désintérêt pour la culture existe.  Que ce regrettable résultat soit le fruit de vieilles stratégies mercantiles relativement subtiles, on en convient. Amèrement. Mais qu’une chaîne de grande distribution, passée experte dans la production des salades les plus infectes et les jus de fruits les plus infâmes, invite de manière éhontée la jeune génération à troquer sa soif d’apprendre contre la satiété superficielle est proprement scandaleux.