Tag: navet

Mai

Anna galvauda l’Art

 

 

  • Imposture littéraire II :

 

La littérature devrait être plus souvent comparée à la gastronomie. Tout y est question de doses, d’épices et de douceur. Tout est dans la pincée, le brin et le soupçon.  À mal équilibrer les ingrédients, l’on donne au mieux l’indigestion au pire la nausée. Ah ! Parlons nausée, parlons Anna Gavalda. Son œuvre n’est tout de même pas le fast-food du genre, ne soyons pas mesquins quand l’essence se prête trop à la caricature pour accepter l’hyperbole. Ses livres ne sont pas fades. Ce serait vraiment faire preuve d’une singulière mauvaise foi que de dire qu’ils laissent indifférent. Au contraire, ils vont droit au cœur et à l’estomac, en donnant haut-le-cœur et haut-le-corps. C’est plutôt de la Barbapapa. Sucrée, sirupeuse et écœurante. Gavalda cache la banalité de sa plume derrière du rêve marketé, l’assimilant à des sensibles geignardises pour pucelles en mal d’amour et pour idiots en manque d’idéaux. Un torchon croulant sous le sucre reste un torchon.   

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Jui

Bienvenue chez les chtis ou l’avènement de la médiocrité

Il est certains films affreusement célèbres, mais que la critique se charge de démolir, n’en déplaise au budget parfois monstrueux dédié à la communication. Tel est le cas du dernier Astérix, une perle en le domaine. Un navet, dans toute son éperdue fadeur, une bouse, dans toute son infinie puanteur, un bide, dans sa toute grasse laideur. Les millions d’euros cramés pour la promotion, la myriade de stars à l’affiche sont autant d’emballages propres à intéresser dans un premier temps, et à écœurer dans un second. Ce film est une bouse dans un écrin, et cela lui fut copieusement signifié par un public déçu et par des critiques invétérés. Le film n’est pour ainsi dire utile que parce que sa nullité rend hommage à Chabat, réalisateur du précédent opus. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. La médiocrité de certains sublime le talent des autres.
Il est toutefois des impostures plus navrantes, qui dépassent de loin la promotion abusive, qui atteignent un public aveugle qui les acclament et qui corrompent une critique qui les encensent. Le plus criant exemple : Bienvenue chez les ch’tis. Le film se base sur un mensonge éhonté, à savoir qu’il existe une vie après Paris. Fourberie.

Attention, ceci est un spoiler qu’il faut absolument lire si vous n’avez pas vu le film. Vous me remercierez plus tard.

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Jui

Marie-Antoinette

Autant l’annoncer d’emblée : je vais paraître grossière. Parce que c’est être artistiquement incorrect, ces temps-ci, que de ne point s’extasier béatement devant le talent de Mademoiselle Coppola, parce que c’est faire preuve d’un blâmable mauvais goût et d’un perfectionnisme désuet que de ne pas s’enthousiasmer outre mesure devant les anachronismes, même imbéciles, d’une estimée et prétendue prodige de la réalisation. Anchronismes qui caractérisent de manière particulièrement pénible la récente réalisation de la cadette Coppola : Marie-Antoinette.

L’affiche annonce littéralement la couleur du film : du rose, et du mauvais. La police des caractères du titre figurant dans l’affiche, bien fuschia, laisse quant à elle présager le pire en matières d’anachronismes : du jeunisme à coup sûr lamentable. Cette désagréable impression est promptement confirmée : une bande son singulièrement médiocre en raison d’une voix éraillée et d’accords de guitares qui ne brille que dans la banalité. De la pop-rock pitoyable en somme, qui réussirait presque à faire passer les membres de Tokio Hotel pour des génies de la musique. Un jeunisme si déphasé et tellement imposé qu’il tombe dans le consensuel le plus plat : plus tard, des converse couleur bleu-violet trôneront effrontément auprès de quelques merveilles de la Haute Chaussure tandis que des parisiens du dix-neuvième siècle danseront allègrement sur la même pop-rock dérangeante. De grâce, que l’on ne qualifie pas ces maladresses lamentables de « décalages » et d’«audace », ne serait-ce que par respect pour ceux qui en usent réellement avec habileté et justesse.
L’introduction est plate à souhait, en cela elle introduit fort bien le déroulement des actions du film : une incessante suite de scènes répétitives, muettes, parsemées néanmoins de rares dialogues inintéressants et insipides. Une stérilité émotionnelle exceptionnelle qui enfonce le spectateur dans une léthargie chronique, dont il n’est tiré que pour s’extasier devant la beauté de Kirsten Dunst, ou au contraire, pour pester contre la jeune actrice, qui semble avoir abandonné ses livres d’histoire au profit d’une préparation auprès des jouvencelles à peine pubères des agences de mannequinat. Des acteurs lisses comme du marbre, fades comme des huîtres sans citron qui, au lieu de sauver la platitude du scénario, l’enfoncent sans une once de ménagement. Car aucun fait ne marque, en lui-même : seul le détail inlassablement réitéré y prétend, au même titre que le désintérêt culturel des scénaristes. Si vous pensez que l’histoire de Marie-Antoinette comporte moult faits passionnants (tels la guillotine, le procès, l’avant-procès, la manipulation viennoise dont elle était victime à Versailles même, la révolution française), permettez à Miss Coppola de vous détromper. De la vie de la reine, vous n’êtes censés retenir que les pâtisseries, les chaussures et la frustration sexuelle. Ou comment préférer les minauderies adolescentes à l’aspect historique infiniment plus intéressant du contexte. Une mièvrerie et un simplisme américains grandioses – veuillez excuser la redondance.* Ce film est une évocation de la vie d’une Marie-Antoinette peinte telle une Paris Hilton du dix-neuvième siècle – la levrette en moins. Un retour inintéressant sur les coulisses de Versailles, avec le professionnalisme rétrospectif que l’on connaît aux magazines People.
Enfin, cerise sur le navet : les erreurs historiques. Extrapoler des rumeurs, ne pas maîtriser ses cours d’histoire et spéculer sur l’intimité d’une reine sont d’une irresponsabilité rare, à l’heure où le désintérêt de la culture se fait de plus en plus cruel et où les films deviennent des références de vérité pour une jeunesse de plus en plus abrutie. Depuis quand le sacre a-t-il lieu à Versailles ? Qui prouve que Marie Antoinette a bel et bien eu une relation avec Axel de Fersen ? De même, depuis quand la grâcieuse Madame du Barry, qui charma Voltaire lui-même, est-elle une immonde rustre aux manières barbares ?
• Points négatifs :
Ressources système insuffisantes.
• Points positifs :
Les images sont splendides et les costumes exceptionnels. Or, quand on se permet de louer Versailles, le mérite est-t-il réellement présent ? Autrement, ce film est un excellent somnifère. Sofia Coppola, au-delà des limites que fixent la réalisation, ne s’est pas contentée de retranscrire avec exactitude l’ennui de la jeune reine, mais a également tenu à créer un lien empathique entre Marie-Antoinette et le public : il s’ennuie.
Après lost in translation, Sofia Coppola assume l’amour ostentatoirement sensible qu’elle semble porter à l’ennui. Et s’y distingue quand il s’agit de le filmer. Elle réussit avec ce dernier « opus » à créer un film caractéristique d’une jeunesse qui se surestime, mais qui manque cruellement de culture et de subtilité. Magistral.

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